Kaa examina la maçonnerie avec soin, jusqu’à ce qu’il découvrît, dans le réseau du marbre, une lézarde plus pâle dénotant un point faible. Il donna deux ou trois légers coups de tête pour se rendre compte de la distance; puis, élevant six pieds de son corps au-dessus du sol, il lança de toutes ses forces, le nez en avant, une demi-douzaine de coups de bélier. Le travail à jour céda, s’émietta en un nuage de poussière et de gravats, et Mowgli se jeta d’un bond par l’ouverture entre Baloo et Bagheera... un bras passé autour de chaque gros cou.

—Es-tu blessé?—demanda Baloo, en le serrant doucement.

—Je suis meurtri, j’ai faim, et je ne suis pas moulu à moitié. Mais... oh!... ils vous ont cruellement malmenés, mes frères. Vous saignez.

—Il y en a d’autres,—dit Bagheera en se léchant les lèvres, et en regardant les singes morts sur la terrasse et autour du réservoir.

—Ce n’est rien, ce n’est rien, si tu es sauf, ô mon orgueil entre toutes les petites grenouilles! pleura Baloo.

—Nous jugerons de cela plus tard,—dit Bagheera d’un ton sec qui ne plut pas du tout à Mowgli.—Mais voici Kaa, auquel nous devons l’issue de la bataille, et toi, la vie. Remercie-le suivant nos coutumes, Mowgli.

Mowgli se tourna, et vit la tête du grand Python qui oscillait à un pied au-dessus de la sienne.

—Ainsi, c’est là cet hommeau, dit Kaa. Sa peau est très douce, et il ne diffère pas beaucoup des Bandar-Log. Aie soin, petit, que je ne te prenne jamais pour un singe par quelque crépuscule où j’aie nouvellement changé d’habit.

—Nous sommes du même sang, toi et moi, répondit Mowgli. Je te dois la vie, cette nuit. Ma proie sera ta proie, si jamais tu as faim, ô Kaa!

—Tous mes remerciements, petit frère, dit Kaa, dont l’œil narquois brillait. Et que peut tuer un si hardi chasseur? Je demande à suivre la prochaine fois qu’il se mettra en campagne.