—Je n’ai pas fait autre chose que de me battre depuis le milieu de mai. La grève est encombrée cette année, c’est une honte. J’ai rencontré au moins cent phoques de Lukannon à la recherche d’un logis. Pourquoi les gens ne restent-ils pas chez eux?

—J’ai souvent pensé que nous serions beaucoup plus heureux si nous abordions à Otter Island au lieu de cet endroit encombré, dit Matkah.

—Bah! les holluschickies seuls vont à Otter Island. Si nous y allions, on dirait que nous avons peur. Il y a des apparences à garder, ma chère.

Sea Catch enfonça fièrement sa tête entre ses fortes épaules et fit semblant de dormir quelques minutes, mais d’un œil seulement, car il se tenait strictement sur ses gardes en vue d’une bataille possible.

Maintenant que tous les phoques et leurs femmes étaient à terre, on pouvait entendre leur clameur à plusieurs milles au large, au-dessus des plus bruyantes tempêtes. Au plus bas mot, il y avait bien un million de phoques sur la grève... vieux phoques, mères phoques, petits phoques, et holluschickies... combattant, se roulant, bêlant, rampant et jouant ensemble, descendant à la mer et en revenant en troupes et en régiments, couvrant chaque pied de terrain aussi loin que l’œil pouvait atteindre, partant par brigades en escarmouches à travers le brouillard. Il fait presque toujours du brouillard à Novastoshnah, sauf quand le soleil paraît pour donner à toutes choses, l’espace d’un instant, des aspects de perle et d’arc-en-ciel.

Kotick, le baby de Matkah, naquit au milieu de cette confusion. Il était tout en tête et en épaules, avec de pâles yeux bleus couleur d’eau, comme sont les tout petits phoques; mais il y avait quelque chose dans la teinte de son pelage qui le fit regarder de très près par sa mère.

—Sea Catch, dit-elle enfin, notre baby va être blanc!

—Coquilles vides et goémon sec, éternua Sea Catch, il n’y a jamais eu au monde rien qui ressemblât à un phoque blanc.

—Ce n’est pas ma faute, dit Matkah; il y en aura un maintenant.

Et elle chanta à mi-voix la lente chanson que toutes les mères phoques chantent à leurs babies: