Limmershin en énuméra une longue liste, car il disait que Kotick passa en explorations cinq saisons, avec, chaque année, un repos de quatre mois à Novastoshnah où les holluschickies se moquaient de lui et de ses îles imaginaires. Il alla aux Gallapagos, un horrible endroit desséché sous l’Équateur, où il pensa être cuit par le soleil; il alla aux îles de Géorgie, aux Orcades, à l’île d’Émeraude, à l’île du Petit-Rossignol, à l’île de Bouvet, aux Crosset, et même à une toute petite île au sud du cap de Bonne-Espérance. Mais partout le peuple de la mer lui répétait la même chose. Les phoques étaient venus à ces îles dans les temps, mais les hommes les y avaient massacrés et détruits. Même, un jour, après avoir nagé des centaines de lieues dans les eaux du Pacifique, en atteignant un endroit nommé le cap Corientes (c’était à son retour de l’île de Gough), il trouva sur un rocher quelques centaines de phoques galeux qui lui dirent que les hommes venaient là aussi. Cela faillit le désespérer, et il doublait le cap, en route vers ses grèves natales, quand, sur le chemin du nord, il aborda dans une île couverte d’arbres verts, où il trouva un vieux... très vieux phoque qui se mourait. Kotick pêcha pour lui, et lui raconta tous ses échecs.

—Maintenant, dit Kotick, je retourne à Novastoshnah, et, si je suis poussé vers les abattoirs avec les holluschickies, je ne m’en soucie plus.

Le vieux phoque, au contraire, l’encouragea:

—Essaie une fois encore. Je suis le dernier de la tribu perdue de Masafuera, et, aux jours où les hommes nous tuaient par centaines de mille, il courait une légende sur les grèves au sujet d’un phoque blanc qui, un jour, descendrait du nord et conduirait le peuple des phoques à un endroit paisible. Je suis vieux et je ne vivrai pas pour voir ce jour-là, mais d’autres vivront pour le voir. Essaie une fois encore.

Kotick retroussa sa moustache (elle était superbe), et dit:

—Je suis le seul phoque blanc qui soit jamais né sur les grèves et je suis le seul phoque, blanc ou noir, qui ait pensé jamais à chercher des îles nouvelles.

Cela le réconforta considérablement.

Quand il revint à Novastoshnah, cet été-là, Matkah, sa mère, le supplia de se marier et d’établir son ménage, car il n’était plus un holluschickie mais un sea catch ayant atteint sa pleine croissance, avec une crinière blanche et frisée sur les épaules, aussi lourd, aussi grand, aussi courageux que son père.

—Donnez-moi une autre saison, dit-il. Rappelez-vous, mère, c’est toujours la septième vague qui remonte la grève le plus haut.

Coïncidence assez curieuse, il se trouva une phoque qui jugea, comme lui, qu’elle remettrait son mariage à l’année suivante, et Kotick dansa la danse du feu avec elle tout le long de la grève de Lukannon, la nuit qui précéda son départ pour sa dernière croisière. Cette fois, il se dirigea vers l’ouest, car il était tombé sur la piste d’un grand banc de flétans, et il avait besoin d’au moins cent livres de poisson par jour pour se tenir en condition. Il les chassa jusqu’à ce qu’il fût las, puis il se mit en rond et s’endormit dans les creux de la houle qui bat Copper Island. Il connaissait parfaitement la côte, de sorte que, vers minuit, en heurtant doucement un lit de varech, il dit: