—Si cette personne est de vos amis, comme on me l'a donné à entendre, dit-elle, je vous engage à le conduire chez lui, car il n'est pas en état de paraître dans une société respectable.

Alors je devinai que Dieu seul savait ce que Jevon avait commis et je tâchai de l'emmener.

Mais Jevon ne voulait pas. Il savait parfaitement ce qu'il avait à faire. Il n'entendait pas recevoir des ordres d'un colonial, d'un meneur de nègres. N'étais-je pas l'ami qui avait formé son âme d'enfant, qui lui avait appris à acheter des cuivres de Bénarès et à craindre Dieu? Et nous avions encore pas mal de bons coups à boire ensemble, n'est-ce pas? Et toutes les chamelles du monde, avec leurs toilettes de soie noire, ne lui ôteraient pas de l'esprit que la bénédictine est le meilleur des apéritifs. Et… et… Mais il était mon hôte.

Je le déposai dans un coin tranquille de la salle du buffet et allai chercher un «étai» sur lequel je pusse compter.

Il y avait là un bon et serviable lieutenant. Que le ciel bénisse ce lieutenant et en fasse un commandant en chef! Il entendit parler de mon ennui. Il ne dansait pas, et il avait la tête aussi solide que des poutres en bois de teck de cinq ans. Il promit de s'occuper de Jevon jusqu'à la fin du bal.

—Je suppose que cela vous est égal de savoir ce que je ferai de lui, me dit-il.

—Si cela m'est égal? dis-je. Non! vous pouvez tuer cet animal, si ça vous fait plaisir.

Mais le lieutenant ne le tua point.

Il s'en alla du côté de la salle du buffet, et s'installa à côté de Jevon, le faisant boire et lui rendant raison.

Je vis mes deux hommes attablés face à face et m'en allai plus rassuré.