Oh! où voudrais-je être quand mon gosier sera sec?
Oh! où voudrais-je être quand voleront les balles?
Oh! où voudrais-je être à l'heure de mourir?
Mais!
Quelque part tout près de mon copain.
S'il a quelque chose à boire il m'en donnera,
Si je meurs il me soutiendra la tête,
Et quand je serai mort il écrira à ceux de chez moi.
Que Dieu nous donne un bon copain!
(Chanson de chambrée.)
Mes amis Mulvaney et Ortheris étaient partis à la chasse pour un jour.
Learoyd était encore à l'hôpital à se remettre d'une fièvre attrapée en Birmanie.
Ils m'envoyèrent une invitation à les rejoindre, et ils furent réellement peinés en me voyant apporter de la bière, en quantité presque suffisante pour contenter deux simples soldats d'infanterie… et moi-même.
—Ce n'est pas pour ça que nous vous avons invité, monsieur: c'est pour le plaisir de votre société, dit Mulvaney d'un air boudeur.
Ortheris vint à mon aide en ces termes:
—Bah! Il ne s'en trouvera pas plus mal pour avoir apporté du liquide avec lui. Nous ne sommes pas des gens de la haute. Nous sommes de damnés Tommies, tu entends, mauvais Irlandais, et… à votre bonne santé!
Nous chassâmes toute la matinée et nous tuâmes deux chiens errants, quatre perroquets verts au perchoir, un vautour près du défilé où il fait chaud, un serpent volant, une tortue de terre, et huit corbeaux.
Le gibier abondait.
Ensuite on s'installa pour le goûter,—bœuf et boule de son, comme disait Mulvaney,—au bord de la rivière, non sans tirer à la cible sur les crocodiles, tout en coupant notre viande avec le seul couteau de poche que nous possédions à nous trois.