Si, par-dessus le marché, il change de religion, comme le fit Mac Intosh, il est perdu sans recours.
Dans la plupart des grandes villes, les indigènes vous parleront de deux ou trois Sahibs, généralement de condition inférieure, qui se sont faits Hindous ou Mahométans, et qui vivent plus ou moins comme tels, mais il est fort rare que vous arriviez à les connaître.
Ainsi que le disait souvent Mac Intosh:
—Si je change de religion selon les besoins de mon estomac, je n'entends pas pour cela devenir le martyr des missionnaires, et je ne tiens nullement à acquérir de la notoriété.
Au début de nos relations, Mac Intosh me prévint:
—Rappelez-vous une chose. Je ne suis point un être qui sollicite la charité. Je ne demande ni votre argent, ni votre pain, ni vos vieux habits. Je suis cet animal rare: un ivrogne qui se suffit à lui-même. Si cela vous va, je fumerai avec vous, parce que le tabac des bazars, je dois l'avouer, ne convient pas à mon palais, et je vous emprunterai les livres auxquels vous ne tenez pas beaucoup. Il est plus que probable que je les vendrai pour acheter des bouteilles de ces liqueurs du pays, qui sont une marchandise exécrable. En retour, vous recevrez chez moi l'hospitalité que comporte ma demeure. Il y a un charpoy[53] sur lequel on peut s'asseoir à deux et il peut arriver de temps à autre qu'il y ait de quoi manger, dans les assiettes. Pour la boisson, malheureusement, vous en trouverez dans la maison à n'importe quelle heure. Dans ces conditions, vous serez toujours bien accueilli dans mon pauvre intérieur.
[53] Lit-divan.
C'est ainsi que je fus admis à pénétrer dans la demeure de Mac Intosh, avec mon bon tabac.
Mais ce fut tout.
On ne peut, malheureusement, rendre visite en plein jour à un vagabond dans le Séraï.