[10] Femme vivant derrière le rideau.
Où fut-elle aperçue pour la première fois par Phil? Comment entendit-il parler d'elle? Cela n'a pas d'importance.
C'était une bonne et belle fille, et fort intelligente, très rouée en son genre, bien que, naturellement, ce genre fût un peu rude.
Il faut se rappeler que Phil vivait très confortablement, ne se refusait aucun luxe, ne mettait pas même un anna de côté, et que très content de lui et de ses bonnes intentions, il perdait l'une après l'autre ses relations en Angleterre en négligeant de leur écrire, et commençait à regarder de plus en plus l'Inde comme son pays.
Certaines gens déchoient de cette façon et ne sont plus bons à rien.
Le climat de sa résidence était sain, et il se demandait s'il avait réellement un motif quelconque pour retourner au pays.
Il fit ce qu'avaient fait avant lui beaucoup de planteurs. Il se décida à prendre femme parmi les filles des collines et à s'installer définitivement. Il avait alors vingt-sept ans, une longue vie à parcourir, mais pas assez d'élan pour fournir cette carrière.
Ainsi donc il épousa Dunmaya selon les rites de l'Église anglaise.
Quelques camarades, des planteurs comme lui, déclarèrent qu'il faisait une sottise; d'autres trouvèrent qu'il avait raison.
Dunmaya était une fille profondément honnête, et malgré tout le respect qu'elle éprouvait pour son mari anglais, elle ne se faisait pas d'illusion sur les côtés faibles de ce mari. Elle le menait avec douceur, et en moins d'un an elle représentait, par une imitation assez bien réussie, une dame anglaise comme toilette et comme ensemble. Il est curieux de voir qu'un homme des collines reste homme des collines, même après toute une vie employée à se transformer, tandis qu'une fille des collines arrive en six mois à attraper les caractères essentiels de ses sœurs anglaises.