Il me tenait toujours solidement par l'épaule, et me suppliait de lui dire où était Édith Copleigh, quand il se fit une nouvelle accalmie, qui ramena de la lumière.

Alors nous vîmes le nuage de poussière qui se formait sur la plaine en avant de nous. Alors nous comprîmes que le plus fort de l'orage était passé.

La lune s'était rapprochée de l'horizon, et on apercevait tout juste la lueur de la trompeuse aurore qui précède la vraie d'environ une heure. Mais c'était une lueur bien faible, et le nuage roux mugissait comme un taureau.

Je me demandais où était passée Édith Copleigh, et pendant que je me faisais cette question, je vis simultanément trois choses.

Tout d'abord la figure de Maud Copleigh qui émergeait toute souriante de l'obscurité, et s'avançait vers Saumarez, debout près de moi.

J'entendis la jeune fille murmurer.

—Georges!

Elle glissa son bras sous le bras qui n'était pas employé à me maintenir par l'épaule, et je vis sur la figure de la jeune fille cette expression qui n'y apparaît qu'une ou deux fois dans toute une existence,—quand une femme est parfaitement heureuse, que l'air est plein de sons de trompettes, de flammes aux couleurs féériques, et que la terre se dissipe en vapeur, parce qu'on aime et qu'on est aimée.

En même temps, je vis la figure que fit Saumarez en entendant la voix de Maud Copleigh, et à une cinquantaine de yards du bouquet d'orangers, je vis une amazone de toile brune qui se remettait en selle.

Ce fut sans doute mon état de surexcitation qui me porta aussi vite à me mêler de ce qui ne me regardait pas.