Kitty Beighton prenait les choses avec plus de calme.
C'était charmant que d'être distinguée par un commissaire dont le nom était suivi de plusieurs initiales et de remplir de mauvais sentiments le cœur des autres jeunes filles. Mais il n'y avait pas moyen de nier le fait: Barr-Saggott était d'une laideur phénoménale, et les essais qu'il faisait pour s'embellir ne le rendaient que plus grotesque. Ce n'était pas sans motif qu'on l'avait baptisé le Langur,—ce qui signifie singe gris.
C'était charmant, se disait Kitty, de l'avoir à ses pieds, mais il était plus agréable de le planter là et de s'en aller faire une promenade à cheval avec ce coquin de Cubbon—un dragon du régiment en garnison à Umballa,—le jeune beau soldat, qui n'avait point d'avenir.
Kitty se plaisait plus qu'un peu avec Cubbon. Il ne nia pas une minute qu'il était féru d'elle de la tête aux pieds, car c'était un honnête garçon.
Ainsi Kitty s'enfuyait de temps à autre, à bonne distance des pompeuses déclarations que lui adressait Barr-Saggott pour aller retrouver le jeune Cubbon, ce qui lui valait des réprimandes maternelles.
—Mais, maman, disait-elle, M. Saggott est tellement… tellement… si horriblement laid! vous savez!
—Ma chère enfant, disait pieusement mistress Beighton, nous ne pouvons être autrement que ne nous a faits la Providence qui gouverne toutes choses. En outre, c'est vouloir en savoir plus long que votre mère, savez-vous bien? Songez à cela et montrez-vous raisonnable.
Alors Kitty relevait son petit menton et tenait des propos irrévérencieux sur la supériorité maternelle, sur les commissaires, sur le mariage.
M. Beighton se frottait le sinciput, car c'était un homme facile à vivre.
Vers la fin de la saison, Barr-Saggott, quand il jugea l'occasion mûre, mit en train un projet qui faisait le plus grand honneur à ses talents administratifs.