Après ces évacuations, ordinairement le mal diminue, mais il faut quelquefois y revenir le lendemain, ou le surlendemain, sur-tout si le mal est à la tête. Les purgatifs sont le vrai remede de cette maladie, quand elle occupe cette partie; en emportant la cause du mal, ils le diminuent, & ils en préviennent les suites fâcheuses.

Il est très utile, quand le mal est à la tête, de baigner souvent les jambes dans l'eau tiede. L'on peut même appliquer à la plante des pieds des sinapismes. J'ai vu ce remede attirer sur les jambes, au bout de quatre heures, une érésipelle qui couvroit le nez & les yeux. Quand le mal commence à se dissiper par la sueur, il faut l'aider par le thé de sureau & le nitre (voyez [§. 261]). Il est utile d'entretenir la transpiration pendant quelques jours.

§. 263. Les meilleures applications qu'on puisse employer sont, 1. l'herbe à robert (geranium robertianum), ou le cerfeuil, ou le persil, ou la fleur de sureau. Souvent même, si le mal est leger, il suffit d'y mettre un linge fort doux, que quelques personnes poudrent de farine séchée. 2. Des flanelles trempées dans une forte décoction de sureau, & appliquées tiédes, sont très utiles dans les grandes inflammations, si on les renouvelle souvent. J'ai soulagé promptement par ce remede, il n'y a que peu de semaines, les douleurs horribles d'un feu saint Antoine, qui est une espece d'érésipelle, mais cruelle, & qui a des caracteres singuliers. 3. L'on emploie aussi, avec grand succès, l'emplâtre d'émail [No. 45], & la poudre d'émail indiquée dans le même No. Les farines, cette poudre, les autres poudres vantées dans cette maladie, conviennent surtout quand il suinte, des petites vessies, une eau qu'il est bon d'absorber par l'application de ces poudres, sans quoi elle pourroit écorcher, & même ulcérer la partie. Toutes les emplâtres dans lesquelles il entre des graisses ou résines, sont très dangereuses. Elles ont souvent produit la rentrée de l'érésipelle, son ulcération, la gangrenne. Si les personnes sujettes à cette maladie, appliquent quelque emplâtre de cette espece sur la peau, lors même qu'elle est la plus saine, il survient d'abord une érésipelle.

§. 264. Quand l'humeur d'érésipelle rentre, & se jette sur le cerveau, sur la gorge, sur le poulmon, il faut faire une saignée, appliquer des vésicatoires aux jambes, & faire boire abondamment du thé de sureau nitré.

§. 265. Les personnes sujettes aux érésipelles habituelles qui reviennent souvent, doivent s'imposer la loi d'éviter le lait, la crême, tous les alimens gras & visqueux, les pâtes, les viandes noires, les aromates, les vins épais & fumeux; la vie sédentaire, les passions vives, & sur-tout la colere; &, s'il est possible, le chagrin. Elles doivent vivre principalement d'herbages, de fruits, de choses un peu aigres & qui tiennent le ventre libre; boire de l'eau & quelques vins blancs legers, & sur-tout faire usage souvent de la crême de tartre. Ces attentions sont importantes, parcequ'outre le danger de ces fréquentes érésipelles, elles dénotent un leger vice dans le foie & dans la vésicule du fiel, qui, si on le néglige, devient enfin très grave. Des eaux legerement purgatives leur sont très utiles, aussi-bien que le jus des plantes chicoracées, & une pinte de petit lait bien clair, dont ils feront très bien de boire tous les matins pendant cinq ou six mois de l'été. Il est encore plus efficace, s'ils prennent en même-tems de la crême de tartre, & s'ils y mettent du miel.

Piquûres d'Animaux.

§. 266. Comme les piquûres d'Animaux produisent souvent une espece d'érésipelle, j'en dirai un mot. Nous n'avons de serpens venimeux dans ce pays, que les viperes. Nous n'avons point de scorpions, qui sont peu venimeux. Les crapauds ne le sont pas. Ainsi les seules piquûres auxquelles on soit exposé, sont celles d'abeilles, de guêpes, de frelons, de cousins, de demoiselles, qui quelquefois procurent beaucoup de douleurs; une enflûre & une rougeur érésipellateuses très considérable, qui, si elle est au visage, ferme quelquefois absolument les yeux; de la fiévre, des maux de tête, des insomnies, des maux de cœur; & si les douleurs sont violentes, des évanouissemens & des convulsions, sans que jamais ces accidens aient des suites funestes. Ils passent au bout de quelques jours sans aucun secours. Mais on peut les prévenir; ou au moins les diminuer & les abréger, 1. en retirant d'abord l'aiguillon de l'animal, s'il est resté. 2. En appliquant continuellement quelqu'une des applications indiquées [§. 263], surtout l'infusion de sureau, dans laquelle on délaie un peu de thériaque; ou en appliquant un cataplasme de mie de pain, de lait & de miel. 3. En faisant prendre quelques bains de pied. 4. En diminuant les alimens, sur-tout le soir, & en buvant de l'infusion de fleur de sureau nitrée. L'huile appliquée d'abord, empêche quelquefois l'enflure de paroître, & par-là prévient le mal.

CHAPITRE XX.
Des inflammations de Poitrine, & des Pleurésies fausses & bilieuses.

§. 267. L'inflammation de poitrine & la pleurésie qu'on appelle bilieuses, sont la même maladie. C'est proprement une fiévre putride, avec un engorgement du poulmon, qui est, ou sans douleur, alors on l'appelle peripneumonie putride ou bilieuse; ou avec cette douleur de côté qu'on nomme point, & on l'appelle pleurésie.

§. 268. Les signes qui distinguent ces maladies, des maladies inflammatoires du même nom, que j'ai décrites Chap. [IV] & [V], sont un pouls moins dur, moins fort, plus vite, sans qu'il y ait les symptomes qui le rendent tel même dans les maladies inflammatoires (voyez [§. 46] & [85]). La bouche est mauvaise & amere, la chaleur âcre & seche; le malade a un sentiment de pesanteur & de malaise, dans les environs de l'estomac; il a le teint moins rouge, mais un peu jaune; il a l'air défait, les urines ressemblent à celles des fiévres putrides, & non point à celles des fiévres inflammatoires. Il y a très souvent une petite diarrhée bilieuse & très fétide. La peau est ordinairement très seche; les crachats moins épais, moins rouges, mais plus jaunes, que dans l'espece inflammatoire.