—Rubens, Rubens, vous êtes plus grand seigneur que moi!
—Cet homme, continua Rubens, dont l'âpreté nous amuse, a, je le tiens pour certain, quelque bonne oeuvre secrète, quelque grande et noble action inconnue à laquelle il dévoue sa fortune et sa vie.
Cependant, et tandis qu'on parlait ainsi de lui, mynheer Borrekens se rendait à son logis pour annoncer à sa belle-fille l'honneur qu'il allait avoir de dîner avec le grand seigneur anglais, chez l'artiste qui faisait l'orgueil de la ville d'Anvers.
Il trouva Thrée, comme d'habitude, assise près de la fenêtre, dans son grand fauteuil, et rêvant tour à tour aux chagrins du passé et aux joies de sa maternité prochaine.
L'oeil du vieux bourgeois étincelait tellement de satisfaction que la jeune femme lui dit, avec le sourire mélancolique et tendre qui séyait si bien à ses traits pâles:
—Il vous est advenu quelque bonne nouvelle, mon père?
—Un grand honneur, du moins, répliqua Borrekens, sans songer à dissimuler sa joie. D'abord j'ai l'honneur de dîner aujourd'hui chez le chevalier Rubens! Ensuite, ce grand artiste consent à peindre des volets pour notre tableau du Serment. Je t'ai déjà parlé de cette affaire, je te dirai le reste plus tard. En attendant, donne-moi mes dentelles de Malines, que je fasse honneur à mon hôte.
En ce moment, Simon van Maast passa devant les fenêtres de Thrée, et lui ôta respectueusement son chapeau; elle lui répondit par un signe affectueux de la tête.
Mynheer Borrekens, qui brossait son chapeau de feutre, dit bonsoir de la main à son ami, sans que celui-ci répondît.
—Tiens! tiens! il ne me voit pas! dit-il.