—Rassurez-vous, répondit la vieille, la mère se porte aussi bien que son état le comporte.
—Ah! je ne le vois que trop, il faut que je renonce à l'espoir qui m'a si longtemps consolé de voir mon pauvre fils renaître dans un enfant!
Il parlait encore qu'un vagissement se fit entendre dans un coin de la chambre.
Aussitôt mynheer Borrekens s'élança vers un petit berceau qu'il n'avait point remarqué dans son trouble, en souleva les rideaux, et vit deux jumeaux, au lieu d'un seul enfant qu'il s'attendait à trouver.
—Vous m'avez fait une belle peur, dame Pétronille, avec vos airs mystérieux! Pensez-vous que deux enfants ne soient pas autant les bienvenus qu'un seul? Dieu soit béni de me les avoir envoyés! Hélas! ce sont les seuls qui naîtront de mon pauvre fils.
En achevant ces mots, mynheer Borrekens voulut prendre un des deux enfants pour l'embrasser, mais, à sa grande surprise, on les avait placés dans le même maillot.
—Que signifie cela? demanda-t-il à la garde: le linge et la layette manquent-ils chez le roi des Arquebusiers, qu'on enveloppe ces deux enfants dans le même lange? Voilà une singulière idée!
—On l'a fait ainsi parce qu'on ne pouvait faire autrement, dit de sa voix moitié miel et moitié vinaigre dame Pétronille.
—Mais vous me parlerez donc en paraboles jusqu'au bout? s'écria Borrekens avec une voix passablement irrévérencieuse pour la sage-femme; car telle était la profession de la digne matrone. Vous feriez perdre patience à un saint. Voyons! dites-moi une bonne fois quel est le sexe de ces enfants, et pourquoi ils sont emmaillotés ensemble. D'habitude, on ne peut obtenir de vous le silence, et aujourd'hui qu'on veut vous faire parler, vous restez muette comme un poisson.
—Votre fille a mis au monde deux filles, et ces deux filles sont un monstre! riposta aigrement la sage-femme.