—Pour me loger dans ce pavillon, il faudrait que j'y fisse faire quelques changements nécessaires à mes habitudes un peu bizarres…

—Mon père est riche et sera heureux de se conformer à vos moindres désirs! Une porte de ce pavillon communique avec la rue voisine, et vous laissera toute liberté. Mais, par pitié! ne quittez pas mes enfants! Certes, ma reconnaissance pour vous est bien grande, et cependant il s'y mêle un sentiment que je ne puis définir. Il me semble que je vous connais depuis longtemps. Vos traits, votre voix, votre démarche, éveillent en moi de vagues souvenirs. Je crois retrouver en vous un ancien ami perdu.

—Je ne suis pourtant qu'un étranger pour vous, reprit Simon, qui ne put se défendre de mettre dans ces paroles un peu d'amertume; oui, un étranger que vous oublierez, que vous ne reconnaîtrez plus dans quelques années, lorsque les chagrins et les fatigues auront courbé sa taille et flétri son front de rides encore plus profondes!

—Vous ne pensez point cela de moi? vous ne le pensez point, n'est-ce pas?

—Deux de mes domestiques doivent arriver demain de Leyde, madame; ils savent mes habitudes et disposeront tout comme je le désire dans le pavillon que vous voulez bien me prêter. Je vais prendre maintenant quelques instants de repos.

Il examina attentivement les jeunes filles, interrogea de nouveau leur pouls et leur haleine et porta avec une respectueuse tendresse leur main à ses lèvres.

—Vous ne les embrassez point, vous qui leur donnez une seconde fois la vie?

—Non, dit-il, non! Il ne faut pas que je les aime! Les affections, ici-bas, sont trop peu durables pour que l'on doive s'appuyer sur elles. Elles se brisent sous l'imprudent qui a foi dans leur solidité et le font tomber dans un abîme de désespoir!

En achevant ces mots il se retira dans le pavillon.

Thrée le suivit longtemps des yeux.