—Eh bien! nous plaiderons, puisque le Serment des Arquebusiers le veut.

—Au lieu de plaider, nous ferions bien mieux de nous entendre, je vous le répète.

—Et comment m'entendre avec des gaillards qui frappent sans dire: Gare! Je leur aurais donné d'excellentes et irrécusables raisons pour leur prouver qu'ils ont tort.

—Ils n'eussent point manqué non plus de ces bonnes raisons, répliqua mynheer Borrekens, en riant. Qui discute croit toujours avoir bon droit. A vrai dire, un argument d'écus ferait plus dans cette circonstance que cent mille belles paroles d'or, quoique le procès soit plutôt une affaire d'amour-propre qu'une affaire d'argent.

—Les juges décideront, puisqu'on me force à plaider!

—Plaider! Vous laisserez dire par la ville que le chevalier Rubens, dont chacun aime la générosité, le talent et la personne, a contesté à un Serment de ses compatriotes un droit qu'il est de leur devoir de défendre?

—Eh! que voulez-vous donc que je fasse? demanda Rubens non sans quelque impatience, car la pensée de ce procès lui était odieuse, et maître Borrekens ne s'était que trop bien appliqué à lui en faire sentir les inconvénients.

—Il n'appartient point à un pauvre marchand de dentelles de donner un conseil à plus habile et plus éclairé que soi, répartit Borrekens en se réfugiant dans une hypocrite humilité; cependant, si vous me permettiez d'émettre mon opinion…

—Mais puisque je vous la demande! s'écria Rubens en se croisant les bras.

—Je disais hier aux arquebusiers: Vous avez envie d'un tableau de saint Christophe, pour la chapelle de votre Serment: eh bien! je vais prier le chevalier Rubens de vous faire ce saint Christophe, et qu'il ne soit plus question de rien entre nous!