—Il ne me cause que de la joie, mon père, interrompit Agathe, pâle et cependant les joues enflammées par une ardente rougeur! Que Dieu bénisse votre union comme nous la bénissons! N'est-ce pas, ma soeur?

Annetje voulut répondre, mais la voix expira sur ses lèvres, et elle ne put faire qu'un signe d'assentiment.

—Allons! c'est assez nous attendrir, s'écria Rubens. Voyons, mes enfants, que l'un de vous me donne la main, que l'autre en fasse de même pour Simon, et que mynheer Borrekens ouvre la marche avec dame Thrée.

Celle-ci s'enveloppa dans les plis d'une longue faille de soie noire, et le petit cortège sortit de la maison de mynheer Borrekens, pour se rendre silencieusement à la paroisse voisine. L'obscurité commençait à peine à se dissiper dans les rues: des ombres épaisses remplissaient encore la nef de Saint-Jacques et la chapelle latérale, dans laquelle devait se célébrer le mariage. A cette époque, surtout, les mariages de veufs ou de veuves avaient lieu sans aucune espèce d'apparat, le matin de très bonne heure et presque avec mystère.

Il n'y avait donc dans la chapelle qu'un vieux prêtre, confesseur de dame Thrée, et deux diacres indispensables à l'accomplissement des rites ecclésiastiques.

Le mariage fut consacré à la clarté tremblotante des cierges et au milieu de l'église déserte: on n'entendait que la voix cassée du vieil officiant, les répons graves des diacres et le bruit de leurs pas sur les dalles de marbre de l'autel. Le vieillard adressa une courte exhortation aux mariés, et célébra ensuite la sainte messe.

C'était, je vous l'assure, une cérémonie faite pour émouvoir même des indifférents, que cet acte solennel de la vie qui s'accomplissait avec tant de simplicité et de majesté à la fois!

Annetje et Agathe, abîmées dans leur douleur, purent pleurer sans que, du moins, on vît leurs larmes.

Au moment du départ, elles relevèrent leurs têtes brûlantes qu'elles avaient jusque-là tenues cachées et appuyées sur leur prie-Dieu: elles reprirent silencieusement, avec le cortège, le chemin du logis.

La table se trouvait dressée dans la salle à manger, et fut servie comme par enchantement, grâce à l'activité de la vieille Juive.