—C'est parce que j'ai eu deux petites peines; rien ne me donne de petites joies comme les petites peines.»
Et une autre fois:
«Vous avez eu bien des épreuves aujourd'hui?
—Oui, mais... puisque je les aime!... J'aime tout ce que le bon Dieu me donne.
—C'est affreux ce que vous souffrez?
—Non, ce n'est pas affreux; une petite victime d'amour pourrait-elle trouver affreux ce que son Epoux lui envoie? Il me donne à chaque instant ce que je puis supporter; pas davantage; et si, le moment d'après, il augmente ma souffrance, il augmente aussi ma force.
«Cependant, je ne pourrais jamais lui demander des souffrances plus grandes, car je suis trop petite; elles deviendraient alors mes souffrances à moi, il faudrait que je les supporte toute seule; et je n'ai jamais rien pu faire toute seule.»
Ainsi parlait au lit de mort cette vierge sage et prudente dont la lampe, toujours remplie de l'huile des vertus, brilla jusqu'à la fin.
Si l'Esprit-Saint nous dit au livre des Proverbes: «La doctrine d'un homme se prouve par sa patience»[147], celles qui l'ont entendue peuvent croire à sa doctrine, maintenant qu'elle l'a prouvée par une patience invincible.
A chaque visite, le médecin nous témoignait son admiration: «Ah! si vous saviez ce qu'elle endure! Jamais je n'ai vu souffrir autant avec cette expression de joie surnaturelle. C'est un ange!» Et comme nous lui exprimions notre chagrin à la pensée de perdre un pareil trésor:—«Je ne pourrai la guérir, c'est une âme qui n'est pas faite pour la terre.»