Je me décourageais à la vue de mes imperfections, raconte l'une d'entre elles, Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus me dit:
«Vous me faites penser au tout petit enfant qui commence à se tenir debout, mais ne sait pas encore marcher. Voulant absolument atteindre le haut d'un escalier pour retrouver sa maman, il lève son petit pied afin de monter la première marche. Peine inutile! il retombe toujours sans pouvoir avancer. Eh bien, soyez ce petit enfant; par la pratique de toutes les vertus, levez toujours votre petit pied pour gravir l'escalier de la sainteté, et ne vous imaginez pas que vous pourrez monter même la première marche! non; mais le bon Dieu ne demande de vous que la bonne volonté. Du haut de cet escalier, il vous regarde avec amour. Bientôt, vaincu par vos efforts inutiles, il descendra lui-même, et, vous prenant dans ses bras, vous emportera pour toujours dans son royaume où vous ne le quitterez plus. Mais, si vous cessez de lever votre petit pied, il vous laissera longtemps sur la terre.»
«Le seul moyen de faire de rapides progrès dans la voie de l'amour, disait-elle encore, est celui de rester toujours bien petite; c'est ainsi que j'ai fait; aussi maintenant je puis chanter avec notre Père saint Jean de la Croix:
Et m'abaissant si bas, si bas,
Je m'élevai si haut, si haut,
Que je pus atteindre mon but!...»
*
* *
Dans une tentation qui me semblait insurmontable, je lui dis: «Cette fois, je ne puis me mettre au-dessus, c'est impossible.» Elle me répondit:
«Pourquoi cherchez-vous à vous mettre au-dessus? passez dessous tout simplement. C'est bon pour les grandes âmes de voler au-dessus des nuages quand l'orage gronde; pour nous, nous n'avons qu'à supporter patiemment les averses. Tant pis si nous sommes un peu mouillées! Nous nous sécherons ensuite au soleil de l'amour.
«Je me rappelle à ce propos ce petit trait de mon enfance: un cheval nous barrait un jour l'entrée du jardin; on parlait autour de moi cherchant à le faire reculer; mais je laissai discuter, et passai tout doucement entre ses jambes... Voilà ce que l'on gagne à garder sa petite taille!»
*
* *
«Nôtre-Seigneur répondait autrefois à la mère des fils de Zébédée: «Pour être à ma droite et à ma gauche, c'est à ceux à qui mon Père l'a destiné.»[153] Je me figure que ces places de choix, refusées à de grands saints, à des martyrs, seront le partage de petits enfants.