—Vous cherchez toujours à ressembler aux petits enfants, mais dites-nous donc ce qu'il faut faire pour posséder l'esprit d'enfance? Qu'est-ce donc que rester petit?

—Rester petit, c'est reconnaître son néant, attendre tout du bon Dieu, ne pas trop s'affliger de ses fautes; enfin, c'est ne point gagner de fortune, ne s'inquiéter de rien. Même chez les pauvres, tant que l'enfant est tout petit, on lui donne ce qui lui est nécessaire; mais, quand il a grandi, son père ne veut plus le nourrir et lui dit: «Travaille maintenant! tu peux te suffire à toi-même.» Eh bien! c'est pour ne pas entendre cela que je n'ai jamais voulu grandir, me sentant incapable de gagner ma vie, la vie éternelle!»

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Afin d'imiter notre angélique Maîtresse, je voulais ne pas grandir, aussi m'appelait-elle «le petit enfant». Pendant une retraite elle m'adressa ces délicieux billets:

«Ne craignez pas de dire à Jésus que vous l'aimez, même sans le sentir, c'est le moyen de le forcer à vous secourir, à vous porter comme un petit enfant trop faible pour marcher.

«C'est une grande épreuve de voir tout en noir, mais cela ne dépend pas de vous complètement, faites ce que vous pourrez pour détacher votre cœur des soucis de la terre, et surtout des créatures; puis, soyez sûre que Jésus fera le reste. Il ne pourra permettre que vous tombiez dans l'abîme. Consolez-vous, petit enfant, au ciel vous ne verrez plus tout en noir mais tout en blanc. Oui, tout sera revêtu de la blancheur divine de notre Epoux, le Lis des vallées. Ensemble, nous le suivrons partout où il ira... Ah! profitons du court instant de la vie! faisons plaisir à Jésus, sauvons-lui des âmes par nos sacrifices. Surtout soyons petites, si petites que tout le monde puisse nous fouler aux pieds, sans même que nous ayons l'air de le sentir et d'en souffrir.»

«Je ne m'étonne pas des défaites du petit enfant; il oublie qu'étant aussi missionnaire et guerrier, il doit se priver de consolations par trop enfantines. Mais que c'est vilain de passer son temps à se morfondre, au lieu de s'endormir sur le Cœur de Jésus!

«Si la nuit fait peur au petit enfant, s'il se plaint de ne pas voir Celui qui le porte, qu'il ferme les yeux: c'est le seul sacrifice que Jésus lui demande. En se tenant ainsi paisible, la nuit ne l'effrayera pas, puisqu'il ne la verra plus; et bientôt le calme, sinon la joie, renaîtra dans son cœur.»

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Pour m'aider à accepter une humiliation, elle me fit cette confidence: