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Lettre Ire.

Jésus. J. M. J. T. 8 mai 1888.

Ma Céline chérie,

Il y a des moments où je me demande s'il est bien vrai que je suis au Carmel; parfois, je n'y puis croire! Qu'ai-je donc fait au bon Dieu pour qu'il me comble de tant de grâces?

Déjà un mois que nous sommes séparées! Mais pourquoi dire séparées? Quand l'océan serait entre nous, nos âmes resteraient unies. Cependant, je le sais, tu souffres de ne plus m'avoir, et si je m'écoutais, je demanderais à Jésus de me donner tes tristesses; mais vois-tu, je ne m'écoute pas, j'aurais peur d'être égoïste, voulant pour moi la meilleure part, c'est-à-dire la souffrance.

Tu as raison, la vie est souvent pesante et amère; il est pénible de commencer une journée de labeur, surtout quand Jésus se cache à notre amour. Que fait-il ce doux Ami? Il ne voit donc pas notre angoisse, le poids qui nous oppresse; où est-il? Pourquoi ne vient-il pas nous consoler?

Céline, ne crains rien, il est là, tout près de nous! Il nous regarde; c'est lui qui nous mendie cette peine, ces larmes... il en a besoin pour les âmes, pour notre âme; il veut nous donner une si belle récompense! Ah! je t'assure qu'il lui en coûte pour nous abreuver d'amertume, mais il sait que c'est l'unique moyen de nous préparer à le connaître comme il se connaît, à devenir des dieux nous-mêmes! Oh! quelle destinée! Que notre âme est grande! Elevons-nous au-dessus de ce qui passe, tenons-nous à distance de la terre; plus haut, l'air est si pur! Jésus peut se cacher, mais on le devine...

Lettre IIe.

20 octobre 1888.