Notre refrain, c'est le cantique de la souffrance. Jésus nous présente un calice bien amer; n'en retirons pas nos lèvres, souffrons en paix! Qui dit paix ne dit pas joie, ou du moins joie sentie; pour souffrir en paix, il suffit de bien vouloir tout ce que veut Notre-Seigneur.
Ne croyons pas trouver l'amour sans la souffrance. Notre nature est là, elle n'y est pas pour rien; mais quels trésors elle nous fait acquérir! C'est notre gagne-pain; elle est si précieuse que Jésus est descendu sur la terre tout exprès pour la posséder. Nous voudrions souffrir généreusement, grandement; nous voudrions ne jamais tomber: quelle illusion! Et que m'importe, à moi, de tomber à chaque instant! je sens par là ma faiblesse et j'y trouve un grand profit. Mon Dieu, vous voyez ce que je puis faire si vous ne me portez dans vos bras; et si vous me laissez seule, eh bien! c'est qu'il vous plaît de me voir par terre; pourquoi donc m'inquiéter?
Si tu veux supporter en paix l'épreuve de ne pas te plaire à toi-même, tu donneras au divin Maître un doux asile; il est vrai que tu souffriras, puisque tu seras à la porte de chez toi, mais ne crains pas: plus tu seras pauvre, plus Jésus t'aimera. Je sais bien qu'il aime mieux te voir heurter dans la nuit les pierres du chemin, que marcher en plein jour sur une route émaillée de fleurs, parce que ces fleurs pourraient retarder ta marche.
Lettre VIe.
14 juillet 1889.
Ma sœur chérie,
Mon âme ne te quitte pas. Oh! oui, c'est bien dur de vivre sur cette terre! Mais demain, dans une heure, nous serons au port! Mon Dieu, que verrons-nous alors? Qu'est-ce donc que cette vie qui n'aura pas de fin?... Le Seigneur sera l'âme de notre âme. Mystère insondable! «L'œil de l'homme n'a point vu la lumière incréée, son oreille n'a point entendu les incomparables mélodies des cieux, et son cœur ne peut comprendre ce qui lui est réservé dans l'avenir.»[199] Et tout cela viendra bientôt! oui, bientôt, si nous aimons Jésus avec passion.
Il me semble que le bon Dieu n'a pas besoin d'années pour faire son œuvre d'amour dans une âme; un rayon de son Cœur peut, en un instant, faire épanouir sa fleur pour l'éternité... Céline, pendant les courts instants qui nous restent, sauvons des âmes; je sens que notre Epoux nous demande des âmes, des âmes de prêtres, surtout... C'est lui qui veut que je te dise cela.
Il n'y a qu'une seule chose à faire ici-bas: aimer Jésus, lui sauver des âmes pour qu'il soit aimé. Soyons jalouses des moindres occasions pour le réjouir, ne lui refusons rien. Il a tant besoin d'amour!
Nous sommes ses lis préférés; il réside au milieu de nous, il y réside en Roi, et nous fait partager les honneurs de sa royauté: son Sang divin arrose nos corolles; et ses épines, en nous déchirant, laissent exhaler le parfum de notre amour.