Son visage était caché[204], hélas! il l'est encore aujourd'hui, personne ne comprend ses larmes... «Ouvre-moi, ma sœur, mon épouse, nous dit-il, car ma tête est pleine de rosée, et mes cheveux humides des gouttes de la nuit[205].» Oui, voilà ce que Jésus dit à notre âme lorsqu'il est abandonné, oublié... L'oubli, il me semble que c'est encore ce qui lui fait le plus de peine.

Et notre père chéri! Ah! mon cœur est déchiré; mais comment nous plaindre, puisque Notre-Seigneur lui-même a été considéré comme un homme frappé de Dieu et humilié[206]? Dans cette grande douleur, oublions-nous et prions pour les prêtres; que notre vie leur soit consacrée. Le divin Maître me fait de plus en plus sentir qu'il veut cela de nous deux...

Lettre IXe.

Mardi, 23 septembre 1890.

O Céline, comment te dire ce qui se passe dans mon âme?... Quelle blessure! Mais je sens qu'elle est faite par une main amie, par une main divinement jalouse!...

Tout était prêt pour mes noces[207]; cependant ne trouves-tu pas qu'il manquait quelque chose à la fête? Il est vrai que Jésus avait déjà mis bien des joyaux dans ma corbeille, mais il en fallait un, sans doute, d'une beauté incomparable, et ce diamant précieux, Jésus me l'a donné aujourd'hui... Papa ne viendra pas demain! Céline, je te l'avoue, mes larmes ont coulé... elles coulent encore pendant que je t'écris, je puis à peine tenir ma plume.

Tu sais à quel point je désirais revoir notre Père chéri; eh bien! maintenant, je sens que c'est la volonté du bon Dieu qu'il ne soit pas à ma fête. Il a permis cela simplement pour éprouver notre amour... Jésus me veut orpheline, il veut que je sois seule avec Lui seul, pour s'unir plus intimement à moi; et il veut aussi me rendre, dans la Patrie, les joies si légitimes qu'il m'a refusées dans l'exil.

L'épreuve d'aujourd'hui est une douleur difficile à comprendre: une joie nous était offerte, elle était possible, naturelle, nous avançons la main... et nous ne pouvons saisir cette consolation si désirée! Mais ce n'est pas une main humaine qui a fait cela, c'est Jésus! Céline, comprends ta Thérèse! et, toutes deux, acceptons de bon cœur l'épine qui nous est présentée; la fête de demain sera une fête de larmes pour nous, mais je sens que Jésus sera si consolé!...

Lettre Xe.

14 octobre 1890.