25 avril 1893.

Ma petite Céline,

Je viens te faire part des désirs de Jésus sur ton âme. Rappelle-toi qu'il n'a pas dit: Je suis la fleur des jardins, la rose cultivée, mais: «Je suis la Fleur des champs et le Lis des vallées.»[214] Eh bien, tu dois rester toujours une goutte de rosée cachée dans la divine corolle du beau Lis des vallées.

Une goutte de rosée, qu'y a-t-il de plus simple et de plus pur? Ce ne sont pas les nuages qui l'ont formée, elle naît sous le ciel étoilé. La rosée n'existe que la nuit; quand le soleil darde ses chauds rayons, les charmantes perles qui scintillent à l'extrémité des brins d'herbe se changent bientôt en vapeur légère. Voilà le portrait de ma petite Céline... Céline est une goutte de rosée descendue du beau ciel, sa patrie. Pendant la nuit de cette vie, elle doit se cacher dans le calice vermeil de la Fleur des champs; nul regard ne doit l'y découvrir.

Heureuse petite goutte de rosée, connue de Dieu seul, ne t'arrête pas à considérer le cours retentissant des neuves de ce monde, n'envie même pas le clair ruisseau qui serpente dans la prairie. Sans doute son murmure est bien doux, mais les créatures peuvent l'entendre, et puis le calice de la Fleur des champs ne saurait le contenir. Pour approcher de Jésus, il faut être si petit! Oh! qu'il y a peu d'âmes qui aspirent à être petites et inconnues! «Mais, disent-elles, le fleuve et le ruisseau ne sont-ils pas plus utiles que la goutte de rosée? Que fait-elle? Nous la jugeons propre à rien, sinon à rafraîchir un instant la corolle fragile d'une fleur champêtre.»

Ah! vous ne connaissez pas la véritable Fleur champêtre! Si vous la connaissiez, vous comprendriez mieux le reproche de Notre-Seigneur à Marthe. Le Bien-Aimé n'a besoin ni de nos œuvres éclatantes, ni de nos belles pensées; s'il veut des conceptions sublimes, n'a-t-il pas ses Anges, dont la science surpasse infiniment celle des plus grands génies de ce monde? Ce n'est donc ni l'esprit, ni les talents qu'il vient chercher ici-bas... Il ne s'est fait la Fleur des champs qu'afin de nous montrer combien il chérit la simplicité.

Le Lis de la vallée ne demande qu'une goutte de rosée, laquelle, pendant une nuit seulement, restera cachée aux regards humains. Mais lorsque les ombres commenceront à décliner, que la Fleur des champs sera devenue le Soleil de Justice[215], l'humble compagne de son exil montera jusqu'à lui comme une vapeur d'amour; il arrêtera sur elle un de ses rayons, et, devant toute la cour céleste, elle brillera éternellement, comme une perle précieuse, éclatant miroir du Soleil divin.

Lettre XVe.

2 août 1893.

Ma chère Céline,