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Lettre Ire.
13 août 1893.
Chère petite sœur Thérèse,
Tes vœux sont donc comblés! Comme la colombe sortie de l'arche, tu ne pouvais trouver sur la terre du monde où poser le pied, tu as volé longtemps, cherchant à rentrer dans la demeure bénie où ton cœur avait pour jamais fixé son séjour. Jésus s'est fait attendre, mais enfin les gémissements de sa colombe l'ont touché, il a étendu sa main divine, il l'a prise et l'a placée dans son Cœur, dans le tabernacle de son amour.
Ah! sans doute, ma joie est toute spirituelle puisque désormais je ne dois plus te revoir ici-bas, je ne dois plus entendre ta voix en épanchant mon cœur dans le tien. Mais je sais que la terre est un lieu de passage, nous sommes des voyageurs qui cheminons vers notre patrie; qu'importe si la route que nous suivons n'est pas absolument la même, puisque notre terme unique c'est le Ciel, où nous serons réunies pour ne plus nous quitter. C'est là que nous goûterons éternellement les joies de la famille... Que de choses nous aurons à nous dire après l'exil de cette vie! Ici-bas la parole est impuissante, mais là-haut un seul regard suffira pour nous comprendre et, je le crois, notre joie sera encore plus grande que si jamais nous ne nous étions séparées.
En attendant, il nous faut vivre de sacrifices, sans cela la vie religieuse serait-elle méritoire? Non, n'est-ce pas! Comme on nous le disait dans une instruction: «Si les chênes des forêts atteignent une si grande hauteur, c'est parce que, pressés de tous côtés, ils ne dépensent pas leur sève à pousser des branches à droite et à gauche, mais s'élèvent droit vers le ciel. Ainsi, dans la vie religieuse, l'âme se trouve pressée de toutes parts par sa règle, par l'exercice de la vie commune, et il faut que tout lui devienne un moyen de s'élever très haut vers les Cieux.»
Ma sœur bien-aimée, prie pour ta petite Thérèse afin qu'elle profite de l'exil de la terre et des moyens abondants qu'elle a pour mériter le Ciel...
Lettre IIe.
Janvier 1895.