Le Cantique éternel
Chanté dès l'exil.
Air: Mignon regrettant sa patrie. (Luigi Bordèse.)
——
Ton épouse, ô mon Dieu, sur la rive étrangère
Peut chanter de l'amour le cantique éternel;
Puisqu'au sein de l'exil tu daignes, sur la terre,
Du feu de ton amour l'embraser comme au ciel!
Mon Bien-Aimé, beauté suprême!
A moi tu te donnés toi-même;
Mais en retour, Jésus, je t'aime:
Fais de ma vie un seul acte d'amour!
Oubliant ma grande misère,
Tu viens habiter dans mon cœur.
Mon faible amour, ah! quel mystère!
Suffit pour t'enchaîner, Seigneur.
Amour qui m'enflamme,
Pénètre mon âme!
Viens, je te réclame,
Viens, consume-moi!
Ton ardeur me presse,
Et je veux sans cesse,
Divine fournaise,
M'abîmer en toi.
Seigneur, la souffrance
Devient jouissance,
Quand l'amour s'élance
Vers toi sans retour.
Céleste patrie,
Douceur infinie,
Mon âme ravie
Vous a chaque jour...
Céleste patrie
O joie infinie,
Vous n'êtes que l'Amour!
J'ai soif d'amour!
Air: Au sein de l'heureuse patrie.
——
Dans ton amour, t'exilant sur la terre,
Divin Jésus, tu t'immolas pour moi.
Mon Bien-Aimé, reçois ma vie entière;
Je veux souffrir, je veux mourir pour toi.
Seigneur, tu nous l'as dit toi-même:
«L'on ne peut rien faire de plus
«Que de mourir pour ceux qu'on aime.»
Et mon amour suprême
C'est toi, Jésus!
Il se fait tard, déjà le jour décline:
Reste avec moi, céleste Pèlerin.
Avec ta croix je gravis la colline;
Viens me guider, Seigneur, dans le chemin!
Ta voix trouve écho dans mon âme:
Je veux te ressembler, Seigneur
La souffrance, je la réclame...
Ta parole de flamme
Brûle mon cœur!
Avant d'entrer dans l'éternelle gloire,
«Il a fallu que l'Homme-Dieu souffrît».
C'est par sa croix qu'il gagna la victoire;
O doux Sauveur, ne nous l'as-tu pas dit?
Pour moi, sur la rive étrangère,
Quels mépris n'as-tu pas reçus!...
Je veux me cacher sur la terre,
Etre en tout la dernière,
Pour toi, Jésus.
Mon Bien-Aimé, ton exemple m'invite
A m'abaisser, à mépriser l'honneur:
Pour te ravir, je veux rester petite;
En m'oubliant, je charmerai ton Cœur.
Ma paix est dans la solitude,
Je ne demande rien de plus.
Te plaire est mon unique étude,
Et ma béatitude
C'est toi, Jésus!
Toi, le grand Dieu que l'univers adore,
Tu vis en moi, prisonnier nuit et jour;
Ta douce voix à toute heure m'implore,
Tu me redis: «J'ai soif! j'ai soif d'amour!...»
Je suis aussi ta prisonnière,
Et je veux redire à mon tour
Ta tendre et divine prière,
Mon Bien-Aimé, mon Frère:
J'ai soif d'amour!
J'ai soif d'amour! Comble mon espérance:
Augmente en moi, Seigneur, ton divin feu!
J'ai soif d'amour! bien grande est ma souffrance.
Ah! je voudrais voler vers toi, mon Dieu!
Ton amour est mon seul martyre;
Plus je le sens brûler en moi,
Et plus mon âme te désire.
Jésus, fais que j'expire
D'amour pour toi!