Du Tout-Puissant j'ai revêtu les armes,
Sa main divine a daigné me parer;
Rien désormais ne me cause d'alarmes,
De son amour qui peut me séparer?
A ses côtés, m'élançant dans l'arène,
Je ne craindrai ni le fer ni le feu;
Mes ennemis sauront que je suis reine,
Que je suis l'épouse d'un Dieu.
O mon Jésus! je garderai l'armure
Que je revêts sous tes yeux adorés;
Jusqu'au soir de l'exil, ma plus belle parure
Sera mes vœux sacrés.
O Pauvreté, mon premier sacrifice,
Jusqu'à la mort tu me suivras partout;
Car, je le sais, pour courir dans la lice,
L'athlète doit se détacher de tout.
Goûtez, mondains, le remords et la peine,
Ces fruits amers de votre vanité;
Joyeusement, moi je cueille en l'arène
Les palmes de la Pauvreté.
Jésus a dit: «C'est par la violence
Que l'on ravit le royaume des cieux.»
Eh bien! la Pauvreté me servira de lance,
De casque glorieux.
La Chasteté me rend la sœur des Anges,
De ces esprits purs et victorieux.
J'espère un jour voler en leurs phalanges;
Mais, dans l'exil, je dois lutter comme eux.
Je dois lutter, sans repos et sans trêve,
Pour mon Epoux, le Seigneur des seigneurs.
La Chasteté, c'est le céleste glaive
Qui peut lui conquérir des cœurs.
La Chasteté, c'est mon arme invincible;
Mes ennemis, par elle, sont vaincus;
Par elle je deviens, ô bonheur indicible!
L'épouse de Jésus.
L'Ange orgueilleux, au sein de la lumière,
S'est écrié: «Je n'obéirai pas!...»
Moi, je répète en la nuit de la terre:
Je veux toujours obéir ici-bas.
Je sens en moi naître une sainte audace,
De tout l'enfer je brave la fureur.
L'Obéissance est ma forte cuirasse
Et le bouclier de mon cœur.
O Dieu vainqueur! je ne veux d'autres gloires
Que de soumettre en tout ma volonté;
Puisque l'obéissant redira ses victoires
Toute l'éternité!
Si du guerrier j'ai les armes puissantes,
Si je l'imite et lutte vaillamment,
Comme la vierge aux grâces ravissantes,
Je veux aussi chanter en combattant.
Tu fais vibrer de ta lyre les cordes,
Et cette lyre, ô Jésus, c'est mon cœur!
Alors je puis de tes miséricordes
Chanter la force et la douceur.
En souriant je brave la mitraille,
Et dans tes bras, ô mon Epoux divin,
En chantant je mourrai sur le champ de bataille,
Les armes à la main!
Un lis au milieu des épines.
Composé pour une novice.
Air: L'envers du ciel.
——
O Seigneur tout-puissant! dès ma plus tendre enfance,
Je puis bien m'appeler l'œuvre de ton amour;
Je voudrais, ô mon Dieu, dans ma reconnaissance,
Ah! je voudrais pouvoir te payer de retour.
Jésus, mon Bien-Aimé, quel est ce privilège?
Pauvre petit néant, qu'avais-je fait pour toi?
Et je me vois ici, suivant le blanc cortège
Des vierges de ta cour, aimable et divin Roi!
Hélas! je ne suis rien que la faiblesse même;
Tu le sais bien, mon Dieu, je n'ai pas de vertus!
Mais tu le sais aussi, pour moi, le bien suprême
Qui me charma toujours... c'est toi, mon doux Jésus!
Lorsqu'en mon jeune cœur s'alluma cette flamme
Qui se nomme l'amour... tu vins la réclamer.
Et loi seul, ô Jésus, pus contenter mon âme,
Car jusqu'à l'infini j'avais besoin d'aimer!
Comme un petit agneau loin de la bergerie,
Gaîment je folâtrais, ignorant le danger;
Mais, ô Reine des cieux, ma Bergère chérie,
Ton invisible main savait me protéger!
Ainsi, tout en jouant au bord des précipices,
Déjà tu me montrais le sommet du Carmel;
Je comprenais alors les austères délices
Qu'il me faudrait aimer pour m'envoler au ciel.
Seigneur, si tu chéris la pureté de l'Ange,
De ce brillant esprit qui nage dans l'azur,
N'aimes-tu pas aussi, s'élevant de la fange,
Le lis que ton amour a su conserver pur?
S'il est heureux, mon Dieu, l'Ange à l'aile vermeille
Qui paraît devant toi tout blanc de pureté,
Ma robe, dès ce monde, à la sienne est pareille,
Puisque j'ai le trésor de la virginité!
La rose effeuillée.
Air: Le fil de la Vierge ou La Rose mousse.