«Je suis venu apporter le feu sur la terre, et quel est mon désir, sinon qu'on l'allume?» Lucæ, XII, 49.
Rappelle-toi cette très douce flamme
Que tu voulais allumer dans les cœurs;
Ce feu du ciel, tu l'as mis en mon âme,
Je veux aussi répandre ses ardeurs.
Une faible étincelle, ô mystère de vie!
Suffit pour allumer un immense incendie.
Que je veux, ô mon Dieu,
Porter au loin ton feu,
Rappelle-toi!
Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.
CHAPITRE IER
Les premières notes d'un cantique d'amour.
Le cœur d'une mère.
Souvenirs de deux à quatre ans.
——
C'est à vous, ma Mère vénérée, que je viens confier l'histoire de mon âme. Le jour où vous me l'avez demandée, il me semblait que cela dissiperait mon cœur; mais depuis, Jésus m'a fait sentir qu'en obéissant simplement je lui serais agréable. Je vais donc commencer à chanter ce que je dois redire éternellement: les miséricordes du Seigneur!...
Avant de prendre la plume, je me suis agenouillée devant la statue de Marie[8]: celle qui a donné à ma famille tant de preuves des maternelles préférences de la Reine du ciel; je l'ai suppliée de guider ma main, afin de ne pas tracer une seule ligne qui ne lui soit agréable. Ensuite, ouvrant le saint Evangile, mes yeux sont tombés sur ces mots: «Jésus, étant monté sur une montagne, appela à lui ceux qu'il lui plut.»[9] Voilà bien le mystère de ma vocation, de ma vie tout entière; et surtout le mystère des privilèges de Jésus sur mon âme. Il n'appelle pas ceux qui en sont dignes, mais ceux qu'il lui plaît. Comme le dit saint Paul: «Dieu a pitié de qui il veut, et il fait miséricorde à qui il veut faire miséricorde[10]. Ce n'est donc pas l'ouvrage de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde.»[11]