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43.
Communauté de X. (Finistère), 15 juin 1909.
Thérèse, la gracieuse «petite Reine», vient de jeter sur notre monastère un de ses pétales de rose.
Depuis le 1er décembre 1908, une de nos Sœurs, âgée de 31 ans, était atteinte d'une maladie infectieuse du cerveau et de la moelle épinière, le tout augmenté d'une phlébite aux deux jambes.
Le 16 mars, le docteur, ayant constaté que les phlébites avaient disparu, mais que la jambe droite était ankylosée, plia lui-même les deux jambes afin de permettre à la Sœur de marcher: ce fut une souffrance ajoutée à tant d'autres, car quand il fallut faire circuler la patiente, les jambes fléchissaient et étaient incapables de la porter. Dès l'abord, on crut à de la faiblesse et l'on espérait que le temps en aurait raison. Hélas! la malade restait impotente, et le docteur disait que, probablement, elle serait paralysée toute sa vie et que, seule, Notre-Dame de Lourdes, pourrait la guérir. C'était le jeudi 3 juin.
Le vendredi, 11 juin, la malade, dès son réveil, se sentit plus fatiguée encore qu'à l'ordinaire et souffrit cruellement pendant la sainte Messe. Au moment de la communion, quand l'infirmière la prit pour la conduire à la sainte Table, elle faillit tomber, tant ses jambes étaient rebelles.
De retour à l'infirmerie, la Sœur dit à la malade: «Quand vous êtes seule, il faudrait essayer de vous lever du fauteuil.» Elle répondit tristement: «Je ne le puis j'essaie souvent, mais il m'est impossible de remuer les reins.» L'infirmière n'insista pas, persuadée, en effet, de son impuissance; elle la prit par le bras et la fit marcher dans l'appartement. La Sœur coadjutrice,—aide pour les malades—arrivant à ce moment, dit à l'infirmière: «Pourquoi vous fatiguer ainsi? On n'est pas plus avancé de faire marcher la Sœur aujourd'hui qu'au premier jour.»
L'infirmière remit la malade dans son fauteuil, puis alla prendre une image sur laquelle est imprimée la poésie de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus: «Les Anges à la crèche», avec le portrait de Sr Thérèse. Elle fit baiser ce portrait à la malade et lui dit en s'éloignant de quelques pas: «Maintenant, venez chercher l'image.» Aussitôt la Sœur fit quelques efforts des reins, s'appuya sur le bras du fauteuil, se leva et suivit l'infirmière qui, tenant l'image à la main, faisait le tour de la chambre. Vivement impressionnée, elle dit à la malade: «Retournez au fauteuil et levez-vous sans vous appuyer.» Ce qu'elle fit.
Depuis ce jour, elle marche et suit en tout la communauté. Elle a repris son emploi et se porte très bien. On ne dirait jamais qu'elle est restée six mois sans bouger.