Tours (Indre-et-Loire), 28 juillet 1910.

Vous recevrez, à la fin de cette semaine ou au commencement de l'autre, un ex-voto que j'offre avec une pieuse reconnaissance à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Voici dans quelle circonstance j'avais fait cette promesse:

Il y a environ douze jours, une de mes tantes faisait une malheureuse chute dans la rue et se cassait la cuisse. L'os sortant fit plaie, et le mal s'aggrava tellement qu'au bout de quelques jours tout espoir était perdu. Je ne quittais guère ma pauvre blessée car une angoisse me torturait: je savais ma tante très incroyante, et je ne voulais pas la voir partir ainsi pour l'au delà.

Cependant le 22 juillet arriva, apportant une nouvelle aggravation du mal et aucune amélioration morale. La gangrène s'était déclarée et faisait de terribles progrès. La Sœur garde-malade me demanda s'il fallait parler. Je crus que le moment était venu. Alors ce fut une lutte terrible: la mort approchait, ma pauvre tante ne voulait pas recevoir le prêtre, elle ne voulait pas prier, elle nous repoussait même avec violence et en blasphémant. Ce fut bientôt une question de minutes...

Malgré toute mon angoisse, je ne désespérais pas et répétais sans cesse: «Cœur sacré de Jésus, j'ai confiance en vous!» Quand, tout à coup, poussée par une impulsion irrésistible, je fis mentalement cette prière: «Mon Jésus, glorifiez votre petite servante Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus; si ma tante consent à se confesser et si elle le peut faire en pleine connaissance, je lui enverrai un ex-voto au Carmel de Lisieux.»

A peine avais-je terminé que je me penchai sur la mourante et lui demandai si elle voulait baiser ma médaille du Sacré-Cœur: elle fit un signe d'acquiescement et l'embrassa; puis, je lui demandai si elle me permettait d'amener un prêtre: elle dit «oui» deux fois, et fermement.

L'aumônier, découragé, était parti; personne à la cathédrale, personne à l'archevêché; enfin je ramenai un prêtre. Je pus en quelques mots le mettre au courant; ma tante se confessa en pleine lucidité et, à peine l'absolution donnée, elle perdait connaissance et expirait.

Au ressouvenir de cette grâce inespérée, mon âme s'est émue d'une reconnaissance sans nom, et c'est avec une joie profonde que je viens exécuter ma promesse.

Mlle M. V.