Mgr Lemonnier, évêque de Bayeux et Lisieux, Mgr de Teil, vice-postulateur de la cause, MM. les chanoines Quirié et Dubosq, vicaires généraux, et beaucoup de prêtres parmi lesquels tous les membres du Tribunal chargé d'instruire le Procès de Béatification, étaient présents.

Le travail de l'exhumation offrait de grandes difficultés, le cercueil se trouvant placé à une profondeur de 3 m. 50, et dans un très mauvais état. Un expert en ces sortes de manœuvres dirigeait celle-ci. Il fit glisser des planches sous le cercueil, pour faire un fond artificiel destiné à soutenir l'autre qui menaçait de s'effondrer; puis on enveloppa le tout de fortes toiles maintenues par de solides courroies. Avec bien du temps et des anxiétés, on parvint ainsi à remonter le cercueil sans accident. Lorsqu'il apparut à ses regards, le Pontife entonna d'une voix émue le chant de David louant le Seigneur qui «tire l'humble de la poussière pour le faire asseoir avec les princes de son peuple». Et tandis que les prêtres psalmodiaient le Laudate pueri Dominum, on aperçut au travers des planches disjointes, toute verte et fraîche comme au premier jour, la palme que le 4 octobre 1897, on avait placée sur la dépouille virginale de la Servante de Dieu[278]. N'était-ce point le symbole de la palme immortelle qu'elle avait remportée par le martyre du cœur? ce martyre au sujet duquel elle avait écrit: «A tout prix je veux cueillir la palme d'Agnès; si ce n'est par le sang, il faut que ce soit par l'AMOUR.»

On ouvrit alors le cercueil.

Deux ouvriers, le père et le fils, se tenaient près de là; ils sentirent à ce moment un suave et fort parfum de violettes qu'aucune cause naturelle ne pouvait expliquer et qui les émut profondément[279].

Les vêtements apparurent en ordre; ils semblaient aussi conservés, mais ce n'était qu'une apparence. Les voiles et la guimpe n'existaient plus, la grosse bure des carmélites avait perdu toute consistance et se déchirait sans effort... Enfin, comme l'humble enfant l'avait souhaité, on ne retrouvait d'elle que des ossements!

Un des médecins présents voulut en offrir une parcelle à Mgr Lemonnier, mais Sa Grandeur s'y opposa et défendit qu'on en emportât la moindre partie. Il accepta seulement la petite croix de buis qui avait été placée dans les mains de la Servante de Dieu.

L'ancien cercueil fut alors déposé dans une bière de plomb disposée dans un cercueil de chêne. Puis on recouvrit le corps de vêtements neufs qui avaient été préparés, et la tête d'un voile que l'on entoura de roses, les dernières cueillies à ces mêmes rosiers du Carmel dont tant de fois l'angélique Thérèse avait jeté les fleurs au pied du Calvaire.

A ce moment, sur l'ordre de Mgr Lemonnier, pour contenter la foule qui stationnait dans le cimetière, silencieuse et recueillie, on écarta les toiles qui dérobaient aux regards le petit enclos des Carmélites et le cercueil fut placé sur des tréteaux devant la porte grillée.

Pendant trois quarts d'heure, on ne cessa de défiler, de prier, de faire toucher des objets de piété. Monseigneur l'évêque de Bayeux avait été le premier à faire toucher aux ossements des morceaux de soie violette apportés par lui à cette intention. On vit des ouvriers approcher leur alliance de mariage; tous ceux qui avaient travaillé à l'exhumation semblaient pénétrés de respect. On estima à plus de cinq cents personnes celles qui vénérèrent les restes, après trois heures d'attente.

Une impression extraordinaire de surnaturel, une émotion dont ils n'étaient pas maîtres envahissait les assistants. L'âme de Sœur Thérèse planait sans doute auprès de sa dépouille mortelle, heureuse d'offrir à son Créateur l'anéantissement de son être physique... On sentait qu'il se passait quelque chose de grand, de solennel. Malgré les réalités lugubres et humiliantes du tombeau, les âmes, au lieu d'être déconcertées, troublées, refroidies dans leur foi et leur amour, sentaient croître au contraire la ferveur et la tendresse de leur vénération.