Ignorant ce qui se passait à Lisieux, l'heureuse privilégiée se demandait quelle était cette jeune vierge et pourquoi elle lui était apparue couchée et sortant d'un suaire. Trois jours après, lisant dans La Croix le récit de l'exhumation, elle eut aussitôt la certitude que c'était Sœur Thérèse qui était venue l'avertir de l'événement, et elle partit immédiatement pour l'en remercier sur sa tombe.
Mais ce n'était pas assez pour la Servante de Dieu d'avoir donné aux siens cette preuve d'affection, de leur avoir dit comme l'ange à Madeleine: «Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celle qui est pleine de vie?», elle voulut encore leur faire des promesses pour l'avenir.
Le 5 septembre, veille de l'exhumation, elle était apparue à la révérende Mère Prieure d'un Carmel étranger, et, lui annonçant que le lendemain on ne retrouverait d'elle que des ossements, «à peine des ossements», elle lui avait fait pressentir les merveilles qu'elle doit opérer dans la suite. La révérende Mère les résume ainsi: «Ces ossements bénis feront des miracles éclatants et seront des armes puissantes contre le démon.»
Quelques semaines plus tard, le résultat de l'exhumation parvenait à la connaissance d'un professeur de l'Université de X., homme d'une grande valeur intellectuelle, d'une éminente piété et, de plus, très favorisé par la Servante de Dieu de grâces de tout genre, depuis plus de dix ans qu'il la connaît. Il s'attrista d'abord de ce que l'angélique vierge avait été soumise à la loi commune, et comme il se laissait aller à ces pensées mélancoliques, il entendit une voix intérieure lui répondre:
«C'était la robe de mes jours de travail que J'ai déposée; j'attends la robe du dimanche éternel: peu m'importe ce qui arrivera à l'autre.»
«Et alors, dit-il, j'eus une lumière qui me consola, je compris que cette dissolution répandra des atomes de son corps en tous lieux, de façon que non seulement son âme, mais encore quelque chose de son corps pourra être présent et FAIRE DU BIEN SUR LA TERRE.
«Il me semble, en effet, que tout ce qui a réellement appartenu au corps d'un saint est une relique, et s'il en est ainsi, non seulement ses os, mais encore les molécules invisibles de matière peuvent porter en elles la grâce des reliques.»
N'est-ce pas la réponse à ce désir si poétiquement exprimé:
Seigneur, sur tes autels, plus d'une fraîche rose
Aime à briller,
Elle se donne à toi... mais je rêve autre chose:
C'est m'effeuiller...