Je fus prise à cette époque d'un véritable amour pour les objets les plus laids et les moins commodes: ainsi j'éprouvai de la joie lorsque je me vis enlever la jolie petite cruche de notre cellule, pour recevoir à sa place une grosse cruche tout ébréchée. Je faisais aussi bien des efforts pour ne pas m'excuser, ce qui m'était très difficile surtout avec notre Maîtresse à laquelle je n'aurais rien voulu cacher.
Ma première victoire n'est pas grande, mais elle m'a bien coûté. Un petit vase, laissé par je ne sais qui derrière une fenêtre, se trouva brisé. Notre Maîtresse me croyant coupable de l'avoir laissé traîner, me dit de faire plus attention une autre fois, que je manquais totalement d'ordre; enfin elle parut mécontente. Sans rien dire, je baisai la terre, ensuite je promis d'avoir plus d'ordre à l'avenir. A cause de mon peu de vertu, ces petites pratiques, je l'ai dit, me coûtaient beaucoup, et j'avais besoin de penser qu'au jour du Jugement tout serait révélé.
Je m'appliquais surtout aux petits actes de vertu bien cachés; ainsi j'aimais à plier les manteaux oubliés par les sœurs, et je cherchais mille occasions de leur rendre service. L'attrait pour la pénitence me fut aussi donné; mais rien ne m'était permis pour le satisfaire. Les seules mortifications que l'on m'accordait consistaient à mortifier mon amour-propre; ce qui me faisait plus de bien que les pénitences corporelles.
Cependant la sainte Vierge m'aidait à préparer la robe de mon âme; aussitôt qu'elle fut achevée, les obstacles s'évanouirent, et ma profession se trouva fixée au 8 septembre 1890. Tout ce que je viens de dire en si peu de mots demanderait bien des pages; mais ces pages ne se liront jamais sur la terre...
... «Avant de partir, mon Jésus m'a demandé dans quel pays je
voulais voyager, quelle route je désirais suivre. Je lui ai répondu
que je n'avais qu'un seul désir, celui de me rendre au sommet de la
montagne de l'AMOUR.
Et Notre-Seigneur me prit par la main...»