«Je suis trop petite pour gravir le rude escalier de la perfection... L'ascenseur qui doit m'élever jusqu'au ciel, ce sont vos bras, ô Jésus!»

CHAPITRE IX

L'Ascenseur divin.—Premières invitations aux joies éternelles.—La nuit obscure.—La Table des pécheurs.—Comment cet ange de la terre comprend la charité fraternelle.—Une grande victoire.—Un soldat déserteur.

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Mère bien-aimée, je croyais avoir fini, et vous me demandez plus de détails sur ma vie religieuse. Je ne veux pas raisonner, mais je ne puis m'empêcher de rire en prenant de nouveau la plume pour vous raconter des choses que vous savez aussi bien que moi; enfin j'obéis. Je ne veux pas chercher quelle utilité peut avoir ce manuscrit; je vous l'avoue, ma Mère, si vous le brûliez sous mes yeux avant même de l'avoir lu, je n'en éprouverais aucune peine.

Dans la communauté, on croit généralement que vous m'avez gâtée de toute façon depuis mon entrée au Carmel; mais l'homme ne voit que l'apparence, c'est Dieu qui lit au fond des cœurs[76]. O ma Mère, je vous remercie une fois encore de ne m'avoir pas ménagée; Jésus savait bien qu'il fallait à sa petite fleur l'eau vivifiante de l'humiliation, elle était trop faible pour prendre racine sans ce moyen, et c'est à vous qu'elle doit cet inestimable bienfait.

Depuis quelques mois, le divin Maître a changé complètement sa manière de faire pousser sa petite fleur: la trouvant sans doute assez arrosée, il la laisse maintenant grandir sous les rayons bien chauds d'un soleil éclatant. Il ne veut plus pour elle que son sourire, qu'il lui donne encore par vous, ma Mère vénérée. Ce doux soleil, loin de flétrir la petite fleur, la fait croître merveilleusement. Au fond de son calice, elle conserve les précieuses gouttes de rosée qu'elle a reçues autrefois; et ces gouttes lui rappelleront toujours qu'elle est petite et faible. Toutes les créatures pourraient se pencher vers elle, l'admirer, l'accabler de leurs louanges; cela n'ajouterait jamais une ombre de vaine satisfaction à la véritable joie qu'elle savoure en son cœur, se voyant aux yeux de Dieu un pauvre petit néant, rien de plus.

En disant que tous les compliments me laisseraient insensible, je ne veux pas parler, ma Mère, de l'amour et de la confiance que vous me témoignez; j'en suis au contraire bien touchée, mais je sens que je n'ai rien à craindre, je puis en jouir maintenant à mon aise, rapportant au Seigneur ce qu'il a bien voulu mettre de bon en moi. S'il lui plaît de me faire paraître meilleure que je ne le suis, cela ne me regarde pas, il est libre d'agir comme il veut.