Si jamais il vous arrivoit, Philothée, d'être atteinte de cette mauvaise tristesse, pratiquez les remèdes suivans. Quelqu'un est-il triste? dit saint Jacques, qu'il prie. La prière est un remède souverain, car elle élève l'esprit à Dieu, qui est notre unique joie et seule consolation; mais en priant, usez d'affections et de paroles, soit intérieures, soit extérieures, qui tendent à la confiance et à l'amour de Dieu, comme: ô Dieu de miséricorde! ô mon très-bon maître! mon doux Sauveur, ma vie, ma joie, mon espérance; ô le cher époux et le bien-aimé de mon ame! et autres semblables.

Combattez vivement les inclinations de la tristesse, et bien qu'il vous semble que tout ce que vous ferez en ce temps-là se fasse froidement, tristement et lâchement, ne laissez pourtant pas de le faire; car l'ennemi qui prétend nous dégoûter des bonnes œuvres par la tristesse, voyant que nous ne laissons pas de les faire, et qu'étant faites avec répugnance elles n'en valent que mieux, cessera de nous affliger.

Chantez des cantiques spirituels; car le démon a souvent cessé ses opérations par ce moyen: témoin le malin esprit qui tourmentoit Saül, et dont la violence fut réprimée par les doux accords de la harpe de David.

Il est bon de s'employer aux œuvres extérieures, et de les varier le plus que l'on peut, pour distraire l'ame du sujet qui l'attriste, et pour purifier et échauffer les esprits; car la tristesse est une passion de la complexion froide et sèche.

Faites des actions extérieures de ferveur, encore que vous les fassiez sans goût, embrassant l'image du crucifix, la serrant sur votre poitrine, lui baisant les pieds et les mains, levant vos mains et vos yeux au ciel, élançant votre voix vers Dieu par des paroles d'amour et de confiance, comme sont celles-ci: Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui; mon bien-aimé est comme un bouquet de myrrhe sur mon cœur; mes yeux s'épuisent à vous regarder, ô mon Dieu! je ne cesse de dire: Quand me consolerez-vous? O Jésus! soyez-moi Jésus, vive Jésus! et mon ame vivra. Qui me séparera de l'amour de mon Dieu? et autres choses semblables.

L'usage modéré de la discipline est un bon remède contre la tristesse, parce que cette peine extérieure, prise volontairement, obtient la consolation intérieure, et l'ame, sentant les douleurs du dehors, ne pense plus à celles qui sont au dedans. La fréquente communion est aussi un moyen excellent; car ce pain céleste affermit le cœur et réjouit l'esprit.

Découvrez humblement et fidèlement à votre directeur tous les ressentimens et toutes les suggestions qui vous viennent de la tristesse; recherchez la société des personnes gaies et spirituelles, et fréquentez-les le plus que vous pourrez pendant ce temps-là. Enfin remettez-vous entre les mains de Dieu, vous préparant à souffrir patiemment cette ennuyeuse tristesse comme une juste punition de vos vaines joies, et ne doutez nullement que Dieu, après vous avoir éprouvée, ne vous délivre de votre mal.


[CHAPITRE XIII.]