Je vis un abîme épouvantable de profondeur ; c’était le mouvement de Dieu vers l’homme et vers toutes choses.
Me souvenant de la puissance inénarrable, et voyant l’abîme de la descente, je sentis ce que j’étais ; c’était le rien, absolument rien, un néant, et dans ce néant rien, rien, excepté l’orgueil ! Je tombai dans un abîme de méditation, et, épouvantée d’être indigne à ce point je me dis : Non, non, je ne veux plus communier.
« Ma fille, dit-il, le point où tu es montée est inaccessible à la créature ! Il faut quelque grâce de Dieu très spéciale pour qu’un être vivant soit transporté là. »
Cependant la messe avançait ; le prêtre élevait l’hostie.
« La puissance, dit la voix, la puissance est sur l’autel ! je suis en toi ; si tu me reçois, tu reçois Celui que déjà tu possèdes. Communie donc au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Moi qui suis digne, je te fais digne. »
Je sentis au fond de l’âme l’inénarrable douceur d’une joie tellement immense, qu’elle remplira ma vie avant de s’épuiser.
VINGT-TROISIÈME CHAPITRE
LA SAGESSE
Un jour, une personne me demanda de prier Dieu pour obtenir certaines connaissances qu’elle voulait avoir. J’hésitais, sa demande me paraissait pleine de sottise et d’orgueil.
Pendant que j’étais dans cette pensée, je fus ravie en esprit. Je fus posée dans ce ravissement près d’une table sans commencement ni fin ; je ne voyais pas la table, mais je voyais ce qui était placé sur elle. C’était une plénitude divine, une plénitude inénarrable, qui n’a aucun rapport avec aucune expression ; c’était la plénitude, la Sagesse divine et le souverain bien.
Et dans la vision de la divine Sagesse, je voyais qu’il n’est pas permis de l’interroger sur certaines voies futures et secrètes qu’elle choisira dans l’avenir ; car il y a un manque de respect à vouloir marcher devant elle. Quand j’aperçois des hommes livrés à ces investigations, leur erreur est visible pour moi. Le mystère que j’aperçus, sous la ressemblance d’un objet étendu sur une table, m’a laissé une intelligence profonde qui discerne, au premier mot que j’entends, les personnes et les choses spirituelles. Je ne juge plus comme autrefois de mon ancien jugement, qui était erreur et péché. Je juge d’un jugement vrai, qui me permet d’entrevoir le défaut de mon ancien jugement. Je ne peux pas raconter cette Vision ; car la table est le seul objet sensible dont l’idée où le nom m’ait été présenté à l’esprit. Quant au mystère même de la vision, il échappe à la parole.