Note 235: [(retour) ]

A cette époque on comprenait sous le nom de Canadiens les sauvages qui demeuraient plus bas que le Saguenay, sur les bords de la grande rivière de Canada. «Au costé gauche de ce fleuve» (du Saguenay), dit Laët, «commence la province des Sauvages appelles vulgairement Canadiens.» (Description des Indes Occidentales, liv. II, ch. VIII.)

Note 236: [(retour) ]

Champlain n'ignorait pas que c'est surtout la différence de latitude qui fait la différence des climats; mais ce qui paraît le surprendre, c'est que, à une si petite distance dans le fleuve, il y ait une si grande différence de température, lorsque la latitude ne diffère que de trois ou quatre degrés.

Note 237: [(retour) ]

D'après le capitaine Bayfield, la latitude de Québec est de 46° 49' 8", au bastion de l'Observatoire.


Maladies de la terre, à Quebecq. Le suject de l'yvernement. Description dudit lieu. Arrivée du sieur des Marais gendre de Pont-gravé, audit Quebecq.

CHAPITRE VI.

Les maladies de la terre commencèrent à prendre fort tart, qui fut en Fevrier jusqu'à la my Avril. Il en fut frappé 18 & en mourut dix, & cinq autres de la disenterie. Je fis faire ouverture de quelques uns, pour voir s'ils estoient offencez comme ceux que j'avois veus és autres habitations: on trouva le mesme. Quelque temps après nostre Chirurgien [238] mourut. Tout cela nous donna beaucoup de desplaisir, pour la peine que nous avions à penser les malades. Cy dessus J'ay descript la forme de ces maladies.

Note 238: [(retour) ]

Il s'appelait Bonnerme (voir, ci-dessus, p. 153).

171/319Or je tiens qu'elles ne proviennent que de manger trop de salures & légumes, qui eschaufent le sang, & gastent les parties intérieures. L'yver aussi en est en partie cause, qui reserre la chaleur naturelle qui cause plus grande corruption de sang: Et aussi la terre quand elle est ouverte il en sort de certaines vapeurs qui y sont encloses lesquelles infectent l'air: ce que l'on a veu par expérience en ceux qui ont esté aux autres habitations après la première année que le soleil eut donné sur ce qui estoit deserté, tant de nostre logement qu'autres lieux, où l'air y estoit beaucoup meilleur & les maladies non si aspres comme devant. Pour ce qui est du pays, il est beau & plaisant, & apporte toutes sortes de grains & grennes à maturité, y ayant de toutes les especes d'arbres que nous avons en nos forests par deçà, & quantité de fruits, bien qu'ils soient sauvages pour n'estre cultivez: comme Noyers, Serisiers, Pruniers, Vignes, Framboises, Fraizes, Groiselles verdes & rouges, & plusieurs autres petits fruits qui y sont assez bons. Aussi y a il plusieurs sortes de bonnes herbes & racines. La pesche de poisson y est en abondance dans les rivieres, où il y a quantité de prairies & gibier, qui est en nombre infiny. Depuis le mois d'Avril jusques au 13 de Décembre l'air y est si sain & bon, qu'on ne sent en soy aucune mauvaise disposition: Mais Janvier Fevrier & Mars sont dangereux pour les maladies qui prennent plustost en ce temps qu'en esté, pour les raisons cy dessus dittes: Car pour le traitement, tous ceux qui estoient avec moy estoient bien vestus, & couchez dans de 172/320bons licts, & bien chauffez & nourris, s'entend des viandes salées que nous avions, qui à mon opinion les offensoient beaucoup, comme j'ay dict cy dessus: & à ce que j'ay veu, la maladie s'attacque aussi bien à un qui se tient délicatement, & qui aura bien soin de soy, comme à celuy qui fera le plus miserable. Nous croiyons au commencement qu'il n'y eust que les gens de travail qui fussent prins de ces maladies: mais nous avons veu le contraire. Ceux qui navigent aux Indes Orientalles & plusieurs autres régions, comme vers l'Allemaigne & l'Angleterre, en sont aussi bien frappez qu'en la nouvelle France. Depuis quelque temps en ça les Flamans en estans attacquez en leurs voyages des Indes, ont trouvé un remède fort singulier contre ceste maladie, qui nous pourroit bien servir: mais nous n'en avons point la cognoissance pour ne l'avoir recherché. Toutesfois je tiens pour asseuré qu'ayant de bon pain & viandes fraîches, qu'on n'y feroit point subject.

Le 8 d'Avril les neges estoient toutes fondues, & neantmoins l'air estoit encores assez froit jusques en Avril[239], que les arbres commencent à jetter leurs fueilles.