Note 285: [(retour) ]
Pierre Chavin. (Voir plus haut, p. 200.)
Quelques jours après que je fus party de Tadoussac, les Montagnets arriverent à Quebecq au nombre de 60 bons hommes, pour s'acheminer à la guerre. Ils y sejournerent quelques jours, s'y donnant du bon temps, & n'estoit pas sans souvent m'importuner, sçavoir si je ne manquerois point à ce que je leur avois promis. Je les asseuray, & promis de rechef, leur demandant s'ils m'avoient trouvé menteur par le passé. Ils se resjouirent fort lors que je leur reiteray mes promesses.
Et me disoient voila beaucoup de Basques & Mistigoches (ainsi appelent ils les Normans & Maslouins) qui disent qu'ils viendront à la guerre avec nous, que t'en semble? disent ils vérité? Je leur respondis que non, & que je sçavois bien ce qu'ils avoient au coeur, & que ce qu'ils en disoient n'estoient que pour avoir & attirer leurs commoditez. Ils me disoient tu as dit vray, ce sont femmes, & ne veulent faire la guerre qu'à nos Castors: avec plusieurs autres discours facetieux, & de l'estat & ordre d'aller à la guerre.
Ils se resolurent de partir, & m'aller attendre aux trois 210/358rivieres 30 lieues plus haut que Quebecq, où je leur avois promis de les aller trouver, & quatre barques chargées de marchandises, pour traicter de pelleterie, entre autres avec les Ochateguins, qui me devoient venir attendre à l'entrée de la riviere des Yroquois, comme ils m'avoient promis l'année précédente, & y amener jusques à 400 hommes, pour aller à la guerre.
Partement de Quebecq pour aller assister nos sauvages aliez à la guerre contre les Yroquois leurs ennemis, & tout ce qui se passa jusques à nostre retour en l'habitation.
CHAPITRE II.
Je party de Quebecq le 14 Juin pour aller trouver les Montagnets, Algoumequins & Ochateguins qui se devoient trouver à l'entrée de la riviere des Yroquois. Comme je fus à 8 lieues de Quebecq, je rencontray un canot, où il y avoit deux sauvages, l'un Algoumequin, & l'autre Montagnet, qui me venoient prier de m'advancer le plus viste qu'il me feroit possible, & que les Algoumequins & Ochateguins seroient dans deux jours au rendes-vous au nombre de 200 & 200 autres qui devoient venir un peu après, avec Yroquet un de leurs chefs; & me demandèrent si j'estois content de la venue de ces sauvages: je leur dy que je n'en pouvois estre fasché, puis qu'ils avoient tenu leur promesse. Ils se mirent dedans ma barque, où je leur fis fort bonne chère. Peu de temps aprés avoir devisé avec eux de plusieurs choses touchant leurs guerres, le sauvage 211/359Algoumequin, qui estoit un de leurs chefs, tira d'un sac une pièce de cuivre de la longueur d'un pied, qu'il me donna, lequel estoit fort beau & bien franc, me donnant à entendre qu'il y en avoit en quantité là où il l'avoit pris, qui estoit sur le bort d'une riviere proche d'un grand lac, & qu'ils le prenoient par morceaux, & le faisant fondre le mettoient en lames, & avec des pierres le rendoient uny. Je fus fort ayse de ce present, encores qu'il fut de peu de valleur.
Arrivant aux trois rivieres, je trouvay tous les Montagnets qui m'attendoient, & quatre barques, comme j'ay dit cy dessus, qui y estoient allées pour traicter avec eux.
Les sauvages furent resjouis de me voir. Je fus à terre parler à eux. Ils me prièrent, qu'allant à la guerre je ne m'embarquasse point, ny mes compagnons aussi, en d'autres canots que les leurs; & qu'ils estoient nos antiens amis: ce que je leur promis, leur disant que je voulois partir tout à l'heure, d'autant que le vent estoit bon, & que ma barque n'estoit point si aisée que leurs canots, & que pour cela je voulois prendre l'advant. Ils me prièrent instamment d'attendre au lendemain matin, que nous irions tous ensemble, & qu'ils ne feroient pas plus de chemin que moy; Enfin pour les contenter, je leurs promis, dont ils furent fort joyeux.