Note 6: [(retour) ]
Par élan, les auteurs qui ont écrit sur le Canada ont désigné généralement l'Orignal, ou Orignac. «Premièrement, dit Lescarbot, parlons de l'Ellan... lequel noz Basques appellent Orignac.» (Hist. de la Nouv. France, p. 893.) «Commençons, dit Boucher, par le plus commun & le plus universel de tous les animaux de ce pays, qui est l'Elan, qu'on appelle en ces quartiers icy Orignal.» (Hist. véritable & naturelle, ch. v.) «Les eslans, dit Sagard, ou orignats, en Huron Sondareinta, sont fréquents & en grand nombre au pays des Montagnais, & fort rares à celuy des Hurons, sinon à la contrée du Nort.» (Hist. du Canada, p. 749.) «Ce qu'on appelle ici Orignal, dit Charlevoix, c'est ce qu'en Allemagne, en Pologne & en Moscovie on nomme Elan, ou la Grand-Bête.» (Journal historique, lettre VII.) A part l'Orignal (Alce Americanus, BAIRD), la même famille compte encore, en Canada, quatre espèces différentes de Cerfs, qui peuvent correspondre à celles que mentionne ici Champlain: 1° Le Cerf du Canada (Cervus Canadensis, GRAY). 2° Le Caribou, dont il y a deux espèces: le Rangifer caribou, AUD., et le Rangifer Groenlandicus, BAIRD. 3° Le Chevreuil, ou Cerf de Virginie (Cervus Virginianus, AUD.).
Si on aime la pesche du poisson, soit avec les lignes, filets, parcs, nasses, & autres inventions, les rivieres, ruisseaux, lacs, & estangs sont en tel nombre que l'on peut desirer, y ayant abondance de saumons, truittes très-belles, bonnes & grandes de toutes sortes, esturgeons de trois grandeurs, aloses, bars fort bons, & tel se trouve qui pese vingt livres: carpes de toutes sortes, dont y en a de très-grandes, & des brochets, aucuns de cinq pieds de long, barbus qui sont sans escaille, de deux à trois sortes grands & petits: poisson blanc d'un pied de long[7]: poisson doré, esplan, tanche, perche, tortue, loups marins, dont l'huile est fort bonne, mesme à frire, marsouins blancs, & beaucoup d'autres que nous n'avons point, & ne se trouvent dedans nos rivieres & estangs. Toutes ces especes de poissons se trouvent dans le grand fleuve Sainct Laurent: & d'avantage, mollues & baleines se peschent tout le long des costes de la nouvelle France presque en toute saison.
Note 7: [(retour) ]
Le Poisson Blanc, en certaines parties du Canada et spécialement aux environs de Québec, atteint jusqu'à près de deux pieds.
8/664Ainsi de là on peut juger le plaisir que les François auront en ces lieux y estans habituez, vivans dans une vie douce & tranquille, avec toute liberté de chasser, pescher, se loger & s'accommoder selon sa volonté, y ayans dequoy occuper l'esprit à faire bastir, desfricher les terres, labourer des jardinages, y planter, enter, & faire pépinières, semer de toutes sortes de grains, racines, légumes, sallades, & autres herbes potagères, en telle estendue de terre, & en telle quantité que l'on voudra. La vigne y porte des raisins assez bons, bien qu'elle soit sauvage, laquelle estant transplantée, & labourée, portera des fruicts en abondance. Et celuy qui aura trente arpents de terre défrichée en ce pays là, avec un peu de bestail, la chasse, la pesche, & la traitte avec les Sauvages, conformément à l'establissement de la Compagnie de la nouvelle France, il y pourra vivre luy dixiesme, aussi bien que ceux qui auroient en France quinze à vingt mil livres de rente.
Que les Roys & grands Princes doivent estre plus soigneux d'augmenter la cognoissance du vray Dieu, & accroistre sa gloire parmy les peuples barbares, que de multiplier leurs Estats. Voyages des François faits és Terres neufves depuis l'an 1504.
CHAPITRE II.
Les palmes & les lauriers les plus illustres que les Rois & les Princes peuvent acquérir en ce monde, est que mesprisans les biens temporels, porter leur desir à acquérir les spirituels: ce qu'ils ne peuvent faire plus utilement, qu'en attirant 9/665par leur travail & pieté un nombre infiny d'âmes sauvages (qui vivent sans foy, sans loy, ny cognoissance du vray Dieu) à la profession de la Religion Catholique, Apostolique & Romaine. Car la prise des forteresses, ny le gain des batailles, ny la conqueste des pays, ne sont rien en comparaison ny au prix de celles qui se préparent des coronnes au ciel, si ce n'est contre les Infidèles, où la guerre est non seulement necessaire, mais juste & saincte, en ce qu'il y va du salut de la Chrestienté, de la gloire de Dieu, & de la défende de la foy, & ces travaux sont de soy louables & tres-recommandables, outre le commandement de Dieu, qui dit, Que la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conqueste d'un Royaume. Et si tout cela ne nous peut esmouvoir à rechercher les biens du ciel aussi passionnément du moins que ceux de la terre, d'autant que la convoitise des hommes pour les biens du monde est telle, que la plus-part ne se soucient de la conversion des infidèles, pourveu que la fortune corresponde à leurs desirs, & que tout leur vienne à souhait. Aussi est-ce ceste convoitise qui a ruiné, & ruine entièrement le progrez & l'advancement de ceste saincte entreprise, qui ne s'est encores bien avancée, & est en danger de succomber, si sa Majesté n'y apporte un ordre tres-sainct, charitable, & juste, comme elle est, & qu'elle mesme ne prenne plaisir d'entendre ce qui se peut faire pour l'accroissement de la gloire de Dieu, & le bien de son Estat, repoussant l'envie qui se met par ceux qui devroient maintenir ceste affaire, lesquels en cherchent plustost la ruine que l'effect.
10/666Ce n'est pas chose nouvelle aux François d'aller par mer faire de nouvelles conquestes: car nous sçavons assez que la descouverte des Terres neufves, & les entreprises genereuses de mer ont esté commencées par nos devanciers.
Ce furent les Bretons & les Normands, qui en l'an 1504-descouvrirent[8] les premiers des Chrestiens, le grand Banc des Moluques, & les Isles de Terre neufve, 11/667ainsi qu'il se remarque és histoires de Niflet[9], & d'Antoine Maginus.