Descouvertures de la riviere de Quinibequy, qui est de la coste des Almouchiquois[113] jusques au 42e degré de latitude, & des particularités de ce voyage. A quoy les hommes & les femmes passent le temps durant l'hyver.
Note 113: [(retour) ]
Les sauvages de Kénébec, quoique etchemins aussi bien que ceux de Pentagouet et de la rivière Sainte-Croix, étaient ennemis de ceux-ci (Voy. 1613, p. 38, 39). C'est ce qui explique pourquoi les auteurs font commencer le pays des Almouchiquois tantôt au-delà et tantôt en-deçà du Kénébec.
CHAPITRE IIII.
Rangeant la coste de l'ouest, l'on passe les montagnes de Bedabedec, & cogneusmes[114] l'entrée de la riviere, où il peut aborder de grands vaisseaux, mais dedans il y a quelques battures qu'il faut eviter la sonde en la main. Faisant environ 8 lieues, rangeant la coste de l'ouest, passasmes par quantité d'isles & rochers qui jettent une lieue à la mer, jusques à une isle[115] distante de Quinibequy dix lieues, où à l'ouvert d'icelle il y a une isle assez 76/732haute, qu'avions nommée la Tortue [116], & entre icelle & la grande terre y a quelques rochers espars, qui couvrent de pleine mer: neantmoins on ne laisse de voir briser la mer par dessus. L'isle de la Tortue, & la riviere [117] sont sud suest, & nort norouest. Comme l'on y entre, il y a deux moyennes isles, qui sont l'entrée, l'une d'un costé, & l'autre de l'autre, & à quelques 300 pas au dedans il y a deux rochers où il n'y a point de bois, mais quelque peu d'herbes. Nous mouillasmes l'anchre à 300 pas de l'entrée, à cinq & six brasses d'eau. Je me resolus d'entrer dedans pour voir le haut de la riviere, & les Sauvages qui y habitent. Ayans fait quelques lieues, nostre barque pensa se perdre sur un rocher que nous frayasmes en passant. Plus outre rencontrasmes deux canaux qui estoient venus à la chasse aux oiseaux, qui la plus-part muent en ce temps, & ne peuvent voler. Nous accostasmes ces Sauvages, qui nous guidèrent. Et allans plus avant pour voir leur Capitaine, appellé Manthoumermer, comme nous eusmes fait 7 à 8 lieues, nous passasmes par certaines isles, destroits, & ruisseaux, qui se deschargent dans la riviere, où je veis de belles prairies: & costoyant une isle[118] qui a environ 4 lieues de long, ils nous menèrent où estoit leur chef, avec 25 ou 30 Sauvages, lequel aussi tost que nous eusmes mouillé l'anchre, vint à nous dedans un canau un peu separé de dix autres, où estoient ceux qui l'accompagnoient. Approchant prés de nostre barque il fit une harangue, où il faisoit entendre l'aise qu'il 77/733avoit de nous voir, & qu'il desiroit avoir nostre alliance, & faire paix avec leurs ennemis par nostre moyen, disant que le lendemain il envoyeroit à deux autres Capitaines Sauvages qui estoient dedans les terres, l'un appellé Marchim, & l'autre Sazinou, chef de la riviere de Quinibequy.
Note 114: [(retour) ]
En septembre 1604 et en juin 1605. (Voir 1613, p. 31-39, et 46.)
Note 115: [(retour) ]
Cette île, située à huit lieues de la pointe de Bedabedec, et à environ dix lieues de l'embouchure du Kénébec, est celle que Champlain appela la Nef, et dont le nom est aujourd'hui Monahigan. (Voy. 1613, p. 74, note 2.)
Note 116: [(retour) ]
L'île Séguin.
Note 117: [(retour) ]
La rivière de Kénébec,
Note 118: [(retour) ]
L'île de Jérémysquam.