Le sieur de Poitrincourt desirant retourner en France, pour mieux donner ordre à ses affaires, laissa son fils le sieur de Biencourt, & les Pères Jesuites auprés luy, qui faisoient tous ensemble environ 20[196] personnes. Il partit la my-Juillet de la mesme année 1611 & arriva en France sur la fin du mois d'Aoust.

Note 196: [(retour) ]

«Vingt & deux personnes, en comptant les deux Jesuites,» dit la Relat. du P. Biard ch. XXV.

Pendant l'hyvernement ledict sieur de Biencourt fit encores quelques fascheries aux gens du fils dudit Pontgravé, appelle Robert Gravé[197], qu'il traitta assez mal: mais en fin par le travail des Pères Jesuites, le tout fut appaisé, & demeurèrent bons amis.

Note 197: [(retour) ]

«Le jeune du Pont avoit l'année prochainement passée, esté faist prisonnier par le sieur de Poitrincourt, d'où s'estant évadé subtilement, il avoit esté contrainct courir les bois en grande misere... Le P. Biard supplia le sieur de Poitrincourt d'avoir esgard aux grands merites du sieur du Pont le père, & aux belles esperances qu'il y avoit du fils... Il amena ledit du Pont au sieur de Poitrincourt, & paix & reconciliation faicte on tira le canon.» (Relat. du P. Biard, ch. XIV.) «Reconciliatus quoque magni quidam juvenis & animi & spei. Is, quod sibi a D. Potrincurtio timeret, annum jam unum cum silvicolis eorum more atq vestitu pererrabat, & suspicio erat pejoris quoq rei. Obtulit eum mihi Deus: colloquor deniq post multa juvenis sese credit. Deduco eum ad Potrincurtium. Non poenituit fidei datae: pax facta est maximo omnium gaudio, & juvenis postridie, antequam ad sacram Eucharistiam accederet, suapte ipse sponte a circumstantibus mali exempli veniam petiit.» (Lettre du P. Biard, 1612, Archives du Gesu.)

Le sieur de Poitrincourt cherchant en France tous moyens d'aller secourir son fils. Madame de 114/770Guercheville, pieuse, vertueuse, & fort affectionnée à la conversion des Sauvages, ayant desja recueilly quelques charitez, en communiqua avec luy, & dit que très-volontiers elle entreroit en la compagnie, & qu'elle envoyeroit avec luy des Peres Jesuites, pour le secours de Canada.

Le contract d'association fut passé, lad. Dame authorisée de Monsieur de Liencour[198], premier Escuyer du Roy, & Gouverneur de Paris, son mary. Par ce contract fut arresté, Que presentement elle donneroit mil escus pour la cargaison d'un vaisseau, moyennant quoy elle entreroit au partage des profits que ce navire rapporteroit, & des terres que le Roy avoit données au sieur de Poitrincourt, ainsi qu'il est porté en la minute de ce contract. Lequel sieur de Poitrincourt se reservoit le port Royal, & ses terres; n'entendant point qu'elles entrassent en la communauté des autres Seigneuries, Caps, Havres, & Provinces qu'il dit avoir audit pays contre le port Royal. Ladite Dame luy demanda qu'il eust à faire paroistre tiltres par lesquels ces Seigneuries & terres luy appartenoient, & comme il possedoit tant de domaine. Mais il s'en excusa, disant que ses filtres & papiers estoient demeurez en la nouvelle France.

Note 198: [(retour) ]

Dans d'autres exemplaires cette phrase se lit ainsi: «Le contract d'association fut passé avec lad. Dame, authorisée de Mr. de Liencourt...»

Ce qu'entendant ladite Dame, se mesfiant de ce que disoit le sieur de Poitrincourt, & voulant se garder d'estre surprise, elle traicta avec le sieur de Mons, à ce qu'il luy retrocedast tous les droicts, actions, & prétentions qu'il avoit, ou jamais eu en la 115/771nouvelle France, à cause de la donation à luy faite par feu Henry le Grand. La Dame de Guercheville obtient lettres de sa Majesté à present régnant, par lesquelles donation luy est faite de nouveau [199] de toutes les terres de la nouvelle France, depuis la grande riviere, jusques à la Floride, horsmis seulement le port Royal, qui estoit ce que ledit sieur de Poitrincourt avoit presentement[200], & non autre chose.

Note 199: [(retour) ]

L'édition de 1640 porte: «donation nouvelle luy est faite de toutes...»

Note 200: [(retour) ]

L'édition de 1640 porte: «premièrement.»