j'ay soussigné Jaques Hallard, confesse avoir mis entre les mains de monsieur de Champlain Lieutenant de Monseigneur de Montmorency, Viceroy de ces terres, trois cens dix livres de Poudre à canon, en deux Barils, & 2479 livres de plomb, en 33/1017balles à mousquet, en six barils, ne sçachant dire si cesdites munitions sont du Roy ou de monsieur de Caen. A Québec ce jourd'huy dernier jour d'Aoust 1621. Signé Isaac[530] Halard.
Note 530: [(retour) ]
Jacques. Ce Jacques Halard, ou Allard, paraît être celui qu'on retrouve plus tard établi dans le pays.
Je demanday ausdits commis si ledit sieur de Caen ne m'envoyoit point de mousquets, & d'avantage de poudre, & meilleure que celle à canon, pour les mousquets: ils me dirent qu'ils n'avoient receu que les armes qu'ils m'avoient données. Je ne me pouvois imaginer que sadite Majesté n'eust ordonné des armes à feu avec de la poudre, qui sont les choses principales & necessaires, pour la defence d'une place, & se maintenir contre les ennemis: & ainsi fallut s'en passer, à mon grand regret.
Je ne me pouvois imaginer que sa Majesté nous eust envoyé si peu de munitions de guerre, veu les lettres qu'elle m'avoit fait l'honneur de m'escrire, accompagnées de celle de Monsieur de Puisieux, comme j'ay dit cy-devant.
Quelques jours après, ledit sieur de Caen envoya des vivres, pour la nourriture des hommes qui devoient hyverner au nombre de 25, comme j'avois demandé à chacun des deux societés, qui m'avoient esté promis pour la conservation de la place, il n'en vint que 18 de sa part, & trente que laissa l'ancienne societé.
Ledit sieur de Caen ayant mis ordre à ses affaires, partit de Tadoussac le 29e jour d'Aoust.
Et le mardy 7 de Septembre partit aussi ledit 34/1018sieur du Pont, & le père George[531], de Québec, qui me promit communiquer audit sieur Dolu, tout ce qui s'estoit passé & fait: ne doutant point, que ce faisant tout iroit à l'amiable, & auroit esté en paix, & que tant de discours inutils qui s'estoient faits & passez par delà, se fussent appaisez; esperant avoir plus de repos à l'advenir: & oster le plus que l'on pourroit les chicaneries. Deux mesnages retournerent. Car depuis deux ans, ils n'avoient pas deserté 35/1019une vergée de terre, ne faisant que se donner du bon temps, à chasser, pescher, dormir, & s'enyvrer avec ceux qui leurs en donnoient le moyen: je fis visiter ce qu'ils avoient fait, où il ne se trouva rien de deserté, sinon quelques arbres couppez, demeurans avec le tronc & leurs racines: c'est pourquoy je les renvoyay comme gens de néant, qui despensoient plus qu'ils ne valloient: c'estoient des familles envoyées, à ce que l'on m'avoit dit, de la part dudit Boyer en ces lieux, au lieu d'y envoyer des gens laborieux & de travail, non des bouchers & faiseurs d'aiguilles, comme estoient ces hommes qui s'en retournèrent, il me sembla bon, pour esviter aux chicaneries, de faire quelques ordonnances, pour tenir chacun en son devoir. Lesquelles je fis publier le 12 de Septembre[532].
Note 531: [(retour) ]
Le P. George était porteur de la requête suivante:
SCACHENT TOUS QU'IL APPARTIENDRA. Que l'an de grâce 1621, le 18e jour d'Aoust, du Règne de très-haut, tres-puissant & tres-Chrestien Monarque Louys 13e du nom, Roy de France, de Navarre & de la nouvelle France ditte Occidentale, du Gouvernement de haut & puissant Seigneur Messire Henry Duc de Montmorency & de Dampville, Pair & Admiral de France, Gouverneur & Lieutenant général pour le Roy en Languedoc, & Viceroy des pays & terres de la nouvelle France ditte Occidentale, de la Lieutenance de noble homme Samuel de Champlain, Capitaine ordinaire pour le Roy en la Marine, Lieutenant général esdits pays & terres dudit seigneur Viceroy, que par permission dudit sieur Lieutenant se seroit faicte une assemblée générale de tous les François habitans de ce païs de la nouvelle France, afin d'aviser des moiens les plus propres sur la ruyne & desolation de tout ce païs, & pour chercher les moiens de conserver la Religion Catholique, Apostolique & Romaine en son entier, l'authorité du Roy inviolable & l'obeissance deue audit Seigneur Viceroy, après que par ledit sieur Lieutenant, Religieux & habitans, presence du sieur Baptiste Guers Commissaire dudit seigneur Viceroy, a esté conclud & promis de ne vivre que pour la conservation de ladicte Religion, obeissance inviolable au Roy & conservation de l'autorité dudit Seigneur Viceroy, voyant cependant la prochaine ruine de tout le pays, a esté d'une pareille voix délibéré, que l'on feroit choix d'une personne de l'assemblée pour estre député de la part de tout le général du pays, afin d'aller aux pieds du Roy, faire les très humbles submissions ausquelles la nature christianisme & obligation, rendent tous sujects redevables, & presenter avec toute humilité le Cahier du pays, auquel seront contenus les desordres arrivez en ce pays, & notamment ceste année mil six cens vingt-un. Et aussi qu'iceluy député aille trouver nostre-dit seigneur Viceroy, pour luy communiquer semblablement des mesmes desordres, & le supplier se joindre à leur complainte, pour la demande de l'ordre necessaire à tant de mal-heurs, qui menacent ces terres d'une perte future, & finallement pour qu'iceluy député puisse agir, requérir, convenir, traicter & accorder pour le Général dudit pays, en tout & par tout ce qui sera l'advantage dudit pays. Et pour ce tous d'un pareil consentement & de la mesme voix cognoissant la saincte ardeur à la Religion Chrestienne, le zèle inviolable au service du Roy, & de l'affection passionnée à la conservation de l'autorité dudit seigneur Viceroy, qu'à tousjours constamment & fidellement tesmoigné le Reverend Père Georges le Baillif Religieux de l'ordre des Recollects, joint sa grande probité, doctrine & prudence. Nous l'avons commis, député, & délégué, avec plain pouvoir & charge de faire, agir, representer, requérir, convenir, escrire & accorder, pour & au nom de tous les habitans de ceste terre, suppliant avec toute humilité sa Majesté, son conseil & nostre-dit seigneur Viceroy, d'agréer ceste nostre délégation, conserver & protéger ledit R. Père en ce qu'il ne soit troublé ny molesté de quelque personne que ce soit, ny sous quelque pretexte que ce puisse estre, à ce que paisiblement il puisse faire, agir & poursuivre les affaires du pais, auquel nous donnons de rechef pouvoir de réduire tous les advis à luy donnez par les particuliers en un cahier général, & à iceluy apposer sa signature avec ample déclaration que nous faisons, d'avoir pour aggreable & tenir pour vallable tout ce qui sera par iceluy Reverend Père faist, signé, requis, negotié & accordé pour ce qui concernera ledit pays, & de plus luy donnons pouvoir de nommer & instituer un ou deux Advocats au Conseil de sa Majesté, Cours souveraines & jurisdictions, pour & en son nom & au nostre, escrire, consulter, signer, plaider & requérir de sa Majesté & de son Conseil, tout ce qui concernera les affaires de ceste nouvelle France. Si requérons humblement. tous les Princes, Potentats, Seigneurs, Gouverneurs, Prélats, Justiciers & tous qu'il appartiendra, de donner assistance & faveur audit Reverend Père, & empêcher qu'iceluy allant, venant, ou sejournant en France, ne soit inquiété ou molesté en ceste délégation avec particulière obligation de recognoissance, autant qu'il sera à nous possibles. Donné à Kebec en la nouvelle France sous la signature des principaux habitans, faisans pour le général, lesquels pour autentiquer d'avantage ceste délégation, ont prié le tres-Reverend Père en Dieu Denis Jamet, Commissaire des Religieux, qui sont en ces terres d'apposer son sceau Ecclesiastique ce jour & an que dessus, signé Champlain, Frère Denis Lamet Commissaire, Frère Joseph le Caron, Hébert Procureur du Roy, Gilbert Courseron Lieutenant du Prevost, Boullé, Pierre Reye, le Tardif, I. Le Groux, P. Desportes, Nicolas Greffier de la jurisdiction de Kebec & Greffier de l'assemblée, Guers Commissionné de Monseigneur le Viceroy & present en ceste eslection, & seellée en placard du seel dudit Reverend Père Commissaire.
(Sagard, Hist. du Canada, p. 73 et suiv.)
Note 532: [(retour) ]
Le 12 de septembre était un dimanche.—«L'on ne trouve plus de copie, dit M. Ferland, des règlements faits par Champlain. Il serait fort intéressant de connaître cette première ébauche d'un code canadien.» (Cours d'Hist. du Canada, I, note 1 de la p. 202.)