Note 131:[ (retour) ] «Pacho del ciello.—Paradisia, Oiseau du Paradis. On a cru longtemps que cet oiseau vivait constamment en l'air, et n'avait point de pieds. Les spécimens envoyés en Europe sont ordinairement dépouillés des pattes, le corps et la queue étant les seules parties employées à former les plumets et les aigrettes; de là la croyance que ces oiseaux n'ont point de pieds.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 132:[ (retour) ] Planche [LV].
J'ay pensé qu'il n'est pas hors de propos de dire que le bois d'ebene vient d'un arbre fort hault comme le chesne; il a le dessus de l'escorche comme blanchastre, & le coeur fort noir, comme vous le verrez de l'autre part representé[133].
Note 133:[ (retour) ] Planche [LVI].
Le bresil est arbre fort gros au respect du bois d'ebene, & de mesme hauteur, mais il n'est sy dur. Le dict arbre de bresil porte comme une manière de nois qui croissent à la grosseur des nois de galle, qui viennent dedans des ormeaux.
37/41Apres avoir parlé des arbres, plantes & animaux, il faut que je face ung petit récit des Indiens & de leur nature, moeurs & créance. La plus part desdicts Indiens, qui ne sont point soubs la domination des Espaignols, adorent la lune comme leur dieu, & quand ils veulent faire leurs cérémonies, ils s'assemblent tant grands que petits au milieu de leur village & se mettent, en rond, & ceux qui ont quelque chose à manger l'apportent, & mettent toutes les vivres ensemble au milieu d'eux, & font la milleure chère qui leur est possible. Apres qu'ils sont bien rasassiés, ils se prennent tous par la main, & se mettent à danser, avec des cris grands & estranges, leur chant n'ayant aucun ordre ny suitte. Apres qu'ils ont bien chanté & dansé, ils se mettent le visage en terre, & tout à ung coup tous ensemble commencent à crier & pleurer en disant: O puissante & claire lune, fay que nous puissions vaincre nos ennemis, & que les puissions manger, à celle fin que ne tombions entre leurs mains, & que mourans nous puissions aller avec nos parents nous resjouir. Apres avoir faict ceste prière, il se relevent & se mettent à danser tous en rond & dure leur feste ainsy dansans, pryans & chantans environ six heures. Voila ce que j'ay appris de cérémonies & créances de ces pauvres peuples, privés de la raison, que j'ay icy figurés [134].
Note 134:[ (retour) ] Planche [LIX].
Quant aux autres Indiens qui sont soubs la domination du Roy d'Espaigne, s'il n'y donnoit ordre, ils seroient en aussy barbare créance comme les autres. Au commencement de ses conquestes, il avoit38/42 establi l'inquisition entre eux, & les rendoit esclaves ou faisoit cruellement mourir en sy grand nombre, que le récit seulement en faict pityé. Ce mauvais traittement estoit cause que les pauvres Indiens, pour la prehension d'iceluy, s'enfuioient aux montaignes comme desesperés, & d'autant d'Espaignols qu'ils attrapoient, ils les mangeoient; & pour ceste occasion lesdicts Espaignols furent contraints leur oster ladicte inquisition, & leur donner liberté de leur personne, leur donnant une reigle de vivre plus doulce & tolerable, pour les faire venir à la cognoissance de Dieu & la créance de la saincte Eglise: car s'ils les vouloient encor chatier selon la rigeur de ladicte inquisition, ils les feroient tous mourir par le feu. L'ordre dont ils usent maintenant est que en chacun estance[135] qui sont comme vilages, il y a ung prestre qui les instruict ordinerement, ayant le prestre ung rolle de noms & surnoms de tous les Indiens qui habitent au village soubs sa charge. Il y a aussy ung Indien qui est comme procureur du village, qui a ung autre pareil rolle, & le dimanche, quand le prestre veult dire la messe, tous lesdicts Indiens sont teneus se presenter pour l'ouir, & avant que le prestre la commence, il prend son rolle, & les appelle tous par leur nom & surnom, & sy quelqu'un deffault, il est marqué sur ledict rolle, puis la messe dite, le prestre donne charge à l'Indien qui sert de procureur de s'informer particullierement où sont les defaillans, & qui les face revenir à l'église, où estant devant ledict prestre, il leur demande l'occasion pour lequel ils ne sont pas veneus39/43 au service divin, dont ils allèguent quelques excuses s'ils peuvent en trouver, & sy elles ne sont trouvés véritables ou raisonnables, ledict prestre commande audict procureur Indien qui aye à donner hors l'eglise, devant tout le peuple, trente ou quarante coups de baston aux défaillants. Voilla l'ordre que l'on tien à les maintenir en la religion, en laquelle ils vivent partye pour crainte d'estre battus: il est bien vray que s'ils ont quelque juste occasion qui les empesche de venir à la messe, ils sont excusés.
Note 135:[ (retour) ] De l'espagnol estancia, demeure.
Tous ces Indiens sont d'une humeur fort melancholique, & ont neantmoins l'esprit fort vif, & comprennent en peu de temps ce qu'on leur montre, & ne s'ennuient poinct pour quelque chose ou injure qu'on leur face ou dye. J'ay figuré, en ceste page & la suivante, ce qui se peult bien representer de ce que j'en ay discouru cy dessus[136].