Le premier du mois de Juillet, du Vernay qui estoit allé aux Hurons, arriva dans un canau, qui nous apporta nouvelles certaine de la descente des Sauvages, à la riviere des Yrocois; & de la mort d'un François, qui avoit esté mon serviteur: & que le Père Nicolas estoit resté avec neuf François, estant revenu quatre de nos hommes[562], Le père Joseph, & le frère Gabriel, qui venoient quérir quelques choses[563] pour porter audit père Nicolas. De plus ledit du Vernay me dit que le François avoit esté mal traitté, parmy quelques Nations, faute que la pluspart ne s'estoient pas bien comportez avec ces peuples.

Note 562: [(retour) ]

Outre du Vernay, l'un de ces quatre français s'appelait Lamontagne. (Sagard, Hist. du Canada, p. 819.)

Note 563: [(retour) ]

Voir Sagard, Hist. du Canada, p. 790.

Ce jour arriva une chalouppe, où estoit le pilote Gascoin, qui ayant apperceu vers l'eau le vaisseau dudit de Caen, qui entroit à Tadoussac, où il avoit envoyé une chalouppe du Bic, avec ordre de ce qu'ils devoient faire audit Tadoussac, qui estoit de depescher promptement une chalouppe, pour enuoyer à Québec faire charger la barque qui y restoit, & envoyer au devant des Hurons, ce qui fut fait, & partit ce mesme jour.

80/1064En ce temps arriverent les sauvages, qui estoient allez de la part des montagnars aux Yrocois, pour contracter amitié, & y avoit prés de six sepmaines qu'ils estoient partis d'auprès de Québec. Ils furent très bien receus des Yrocois qui leurs firent tout plain de bonne réception, pour achever de faire cette paix. Mais en la compagnie de ces sauvages estoit un appelé Simon, qui devoit aller à la guerre. Après qu'il eut pris congé desdits Yrocois s'en retournant, le meschant traistre & perfide Simon, rencontrant un Yrocois l'assomma, pour la recompence du bon traittement qu'il avoit receu desdits Yrocois. Tous nos sauvages en furent grandement desplaisans, & eurent bien de la peine à reparer cette faute: car il ne faut parmy tels gens qu'un tel coquin, pour faire rompre toutes sortes de bonnes entreprises, pour n'avoir aucune justice entr'eux. Le 10 dudit mois les sauvages vindrent cabaner proche de l'habitation. Le lendemain arriva ledit de Caen, avec deux barques chargées de marchandises: Le jour en suivant l'on commença la traitte avec les sauvages: d'autres Canadiens arriverent en ce mesme temps avec quelques chalouppes. Le 14 dudit mois la traitte fut achevée avec lesdits sauvages, & partirent le mesme jour pour s'en retourner en leurs païs, & un François [564] fut avec les Bissereins.

Note 564: [(retour) ]

Probablement Jean Richer, leur truchement, (Sagard, Hist. du Canada, p. 801.)

Le 16, le frère Gabriel arriva avec 7 canaux, qui nous resjouit grandement, nous comptant tout ce qui s'estoit passé en son hyvernement, & la mauvaise vie que la pluspart des François avoient 81/1065mené en ce païs des Hurons, & entr'autres: truchement Bruslé à qui l'on donnoit cent pistolles par an, pour inciter les sauvages à venir à la traitte, ce qui estoit de tres-mauvais exemple, d'envoyer ainsi des personnes si malvivans, que l'on eust deub chastier severement, car l'on recognoissoit cet homme pour estre fort vicieux, & adonné aux femmes, mais que ne fait faire l'esperance du gain, qui passe par dessus toutes considerations.

Le 19, ledit de Caen partit pour aller aux trois rivieres avec les barques, pour traitter avec d autres sauvages s'il en rencontroit.

Le 20, huict canaux des Hurons qu'avoit amené ledit Bruslé, partirent de Québec. Ce jour mesmes, arriva ledit du Pont.

Le 25, arriva aussi à Québec une barque, qui nous dit, qu'il estoit venu six Yrocois, nonobstant la mort de celuy qui avoit esté tué, pour confirmer l'amitié avec tous les sauvages: ayant bien jugé, que le sauvage qui avoit tué leur compagnon, l'avoit fait de sa propre malice, & non du consentement de ses compagnons. Le lendemain, arriva une barque, où il y avoit deux soldats, que le sieur de Caen envoyoit en son vaisseau, pour les mettre à la chaisne, pour quelques legeretez qu'ils avoient commises. Nouvelles vindrent aussi, qu'il estoit arrivé à l'entrée de la riviere des Yrocois, trente canaux Hurons, avec quelques François.