Note 7:[ (retour) ] Cette expression «baie de Canada», pour désigner le golfe Saint-Laurent, montre que pendant longtemps les deux noms ont été employés simultanément; car on voit, par la carte de Thévet, que le golfe Saint-Laurent portait, dès 1575, le même nom qu'aujourd'hui. Cependant, ce que les auteurs de ce temps se sont accordés à appeler Communément la Grande-Baie, est cette partie du golfe comprise entre la côte du Labrador et la côte occidentale de Terre-Neuve.
Note 8:[ (retour) ] L'île d'Anticosti a cinquante lieues de long. Ce nom d'Anticosti, de même que ceux de Gaspé, de Matane, de Tadoussac et autres, était déjà suffisamment connu à cette époque, pour que Champlain se dispense de faire ici aucune remarque. En effet, dès l'année 1586, Thévet, dans son Grand Insulaire, dit «que les sauvages du pays l'appellent Naticousti»; ce que confirme Lescarbot du temps même de Champlain: «Cette ile est appellée, dit-il, par les Sauvages du païs Anticosti.» D'un autre côté, Hakluyt (vers 1600), sur la foi sans doute des voyageurs qu'il cite, l'appelle Natiscotec, et Jean de Lact adopte, sans dire pourquoi, l'orthographe de Hakluyt. «Elle est nommée, dit-il, en langage des sauvages Natiscotec.» Ce dernier nom se rapproche davantage de celui de Natascoueh (où l'on prend l'ours), que lui donnent aujourd'hui les Montagnais. Jacques Cartier, en 1535, lui donna le nom d'Ile de l'Assomption. Soit erreur, soit antipathie pour le navigateur malouin, M. de Roberval et son pilote Jean Alphonse l'appellent Ile de l'Ascension. Thévet la mentionne, dans sa Cosmographie universelle, sous le nom de Laisple, et, dans son Grand Insulaire, il l'appelle, comme Cartier, «Isle de l'Assomption, laquelle, ajoute-t-il, d'autres nomment de Laisple.»
Note 9:[ (retour) ] Le fleuve Saint-Laurent.
Note 10:[ (retour) ] Ou Gaspé. Suivant M. l'abbé J.-A. Maurault, ce nom serait une contraction du mot abenaquis «Katsepisi, qui est séparément, qui est séparé de l'autre terre.» On sait, en effet, que le Forillon, aujourd'hui miné par la violence des vagues, était un rocher remarquable séparé du cap de Gaspé.
Note 11:[ (retour) ] Ou Matane. Jean Alphonse l'appelle rivière de Caën.
Note 12:[ (retour) ] Le Bic. Au temps de Jean Alphonse, on l'appelait Cap de Marbre. Jacques Cartier, en 1535, avait donné au havre du Bic le nom d'Isleaux Saint-Jean, parce qu'il y était entré le jour de la Décollation de saint Jean.
Le 24 dudict mois, nous vinsmes mouiller l'ancre devant Tadousac [13], & le 26 nous entrasmes dans le dict port qui est faict comme une anse, à l'entrée de la riviere du Sagenay, où il y a un courant d'eau & marée fort estrange pour sa vitesse & profondité, où quelques fois il vient des vents impétueux [14] à cause de la froidure qu'ils amènent avec eux. L'on tient que laditte riviere a quelque quarante-cinq 5/69ou cinquante lieues jusques au premier sault, & vient du costé du Nort-Norouest. Ledict port de Tadousac est petit, où il ne pourroit[15] que dix ou douze vaisseaux; mais il y a de l'eau assés à l'Est, à l'abry de la ditte riviere de Sagenay, le long d'une petite montaigne qui est presque coupée de la mer. Le reste, ce sont montagnes haultes élevées, où il y a peu de terre, sinon rochers & sable remplis de bois de pins, cyprez[16], sapins, & quelques manières d'arbres de peu. Il y a un petit estang proche dudit port, renfermé de montaignes couvertes de bois. A l'entrée dudict port, il y a deux poinctes: l'une, du costé de Ouest, contenant une lieue en mer, qui s'appelle la poincte de Sainct Matthieu[17]; & l'autre, du costé de Su-Est, contenant un quart de lieue, qui s'appelle la poincte de tous les Diables [18]. Les vents du Su & Su-Suest & Su-Sorouest frappent dedans ledict port. Mais, de la pointe de Sainct Matthieu jusques à la pointe de tous les Diables, il y a prés d'une lieue, l'une & l'autre pointe asseche de basse mer.
Note 13:[ (retour) ] Le P. Jérôme Lalemant (Relation 1646) dit que les sauvages appelaient Tadoussac Sadilege; d'un autre côté, Thévet, dans son Grand Insulaire, affirme que les sauvages de son temps appelaient le Saguenay Thadoyseau. Il est probable qu'à ces diverses époques, comme encore aujourd'hui, on prenait souvent l'un pour l'autre. Ce qui est sûr, c'est que ces deux noms sont sauvages: Tadoussac ou Tadouchac, veut dire mamelons, (du mot totouchac, qui en montagnais veut dire mamelles), et Saguenay signifie eau qui sort (du montagnais saki-nip).
Note 14:[ (retour) ] La copie originale portait probablement «importuns». Lescarbot, qui reproduit ce voyage à peu près textuellement, a mis: «des vents impétueux lesquels amènent avec eux de grandes froidures.»
Note 15:[ (retour) ] Le verbe pouvoir s'employait alors activement, en parlant de la capacité des objets.