Note 2:[ (retour) ] C'est là, suivant nous, toute la noblesse du père de Champlain. L'auteur de l'Histoire de la Colonie française en Canada prétend que, si Henri IV anoblit le fils, il anoblit aussi le père; et, pour le prouver, il invoque le passage suivant du même contrat de mariage: noble homme Samuel de Champlain... fils de feu Antoine de Champlain vivant capitaine de la Marine, qu'il cite comme suit: homme noble de Champlain, fils de Noble Antoine. On remarquera que le texte du contrat ne dit pas homme noble, mais noble homme. A peu près toutes les familles du Canada, en recourant à leurs anciens titres, pourront constater qu'elles descendent de même d'un noble homme qui ne reçut jamais de lettres de noblesse.
Note 3:[ (retour) ] De ce que le nom de Samuel, donné à Champlain, était, parait-il, inusité alors chez les catholiques, et en honneur chez les protestants, l'auteur de l'Histoire de la Colonie française en Canada insinue que Champlain aurait bien pu naître calviniste. Il y avait, ce semble, une insinuation plus naturelle à faire: c'est que, dans cette hypothèse, le père et la mère de Champlain avaient dû apostasier, car son père s'appelait Antoine, et sa mère Marguerite, deux noms tout à fait catholiques.
Dès ses premières années, Champlain se sentit une vocation particulière pour la carrière aventureuse de la navigation. «C'est cet art,» dit-il dans une épître adressée à la reine régente, et impriméexii au commencement de son édition de 1613, «qui m'a dès mon bas âge attiré à l'aimer, et qui m'a provoqué à m'exposer presque toute ma vie aux ondes impétueuses de l'océan.» Ce qui ne l'empêcha pas de profiter des occasions de s'instruire, comme le prouvent suffisamment ses écrits. On y trouve en effet, presque à toutes les pages, des observations judicieuses, qui attestent à la fois et de la variété de ses connaissances, et de la rectitude de son jugement.
La faveur constante dont il jouissait à la cour dès 1603; la pension et les grades dont le roi se plut à l'honorer, l'amitié et la protection d'hommes aussi distingués que le commandeur de Chaste, le comte de Boissons, le Prince de Condé, le duc de Montmorency, le duc de Ventadour, le cardinal de Richelieu et beaucoup d'autres, montrent assez que son mérite et ses services ne tardèrent pas à être hautement appréciés. Avant même que le maréchal d'Aumont fût mort, c'est-à-dire, vers 1594, il était déjà maréchal des logis, et il continua à occuper ce poste sous les maréchaux de Saint-Luc et de Brissac, jusqu'à la pacification de la Bretagne en 1598[4].
Note 4:[ (retour) ] Voyage aux Indes-Occidentales, [p. 5.>]
Se trouvant sans emploi, et dans un désoeuvrement qui n'allait guère à son âme active et aventurière, Champlain forma le projet de se rendre en Espagne, dans l'espérance d'y trouver l'occasion de faire un voyage aux Indes-Occidentales.
Un de ses oncles, le capitaine Provençal, «tenu pour un des bons mariniers de France, et qui pourxiii cette raison avait été entretenu par le roi d'Espagne comme pilote général de ses armées de mer», se trouvait alors à Blavet, et venait de recevoir du maréchal de Brissac l'ordre de conduire en Espagne les navires qui devaient repasser la garnison que les Espagnols avaient alors dans cette place. Il résolut de l'y accompagner.
La flotte étant arrivée en Espagne, le Saint-Julien, «reconnu comme fort navire et bon voilier», fut retenu au service du roi. Le capitaine Provençal en garda le commandement, et son neveu demeura avec lui.
Les quelques mois que Champlain passa en Espagne ne furent point un temps perdu. Il avait déjà, dans le trajet, levé une carte soignée des lieux où la flotte avait fait escale, le cap Finisterre et le cap Saint-Vincent avec les environs, pendant son séjour à Cadix, il utilisa ses loisirs en traçant un plan exact de cette ville; ce qu'il fit également pour San-Lucar-de-Barameda, où il demeura trois mois.
Pendant cet intervalle, le roi d'Espagne, ayant reçu avis que Porto-Rico était menacé par une flotte anglaise, ordonna une expédition de vingt vaisseaux, du nombre desquels devait être le Saint-Julien. Champlain, accompagnant son oncle, se voyait ainsi sur le point de pouvoir réaliser son projet; lorsque, au moment où la flotte allait faire voile, on reçut la nouvelle que Porto-Rico avait été pris par les Anglais. Il fallut donc attendre une autre occasion, pour faire le voyage des Indes.