Il jugea impossible de risquer tout son avenir à cause de Helga. Mais il était très pâle en faisant cette concession et il resta silencieux et abattu toute la soirée.
Cet incident faisait craindre à Gudmund que peut-être Helga ne fût pas telle qu'il se l'était imaginée. Il n'aimait évidemment pas qu'elle eût pu lui imposer sa volonté, mais ce qui était pis, il n'arrivait pas à se persuader qu'elle eût eu raison. Il se disait qu'il se serait fait un plaisir de céder devant elle, si elle s'était montrée généreuse, mais au lieu de cela elle lui était apparue mesquine et dépourvue de cœur.
Toutes les fois que Gudmund revoyait sa fiancée, il restait aux aguets pour voir si ce trait de caractère qu'il croyait avoir découvert chez elle, réapparaîtrait encore. Sa méfiance une fois mise en éveil, il ne fut pas longtemps à découvrir bien des choses qui n'étaient pas comme il aurait désiré.
—Je crois bien qu'elle est de celles qui pensent d'abord à elles-mêmes, murmurait-il par devers lui chaque fois qu'il la quittait, et il se demandait combien durerait l'amour qu'elle avait pour lui s'il était mis à l'épreuve.
Il essayait de se consoler en se disant que tout le monde pense d'abord à soi-même, mais à cette idée l'image de Helga se présentait immédiatement à son esprit. Il la revoyait dans la salle d'audience s'emparant de la Bible, et de nouveau il l'entendait crier:
—Je renonce au procès. Je l'aime encore. Je ne veux pas qu'il soit parjure.
C'est ainsi qu'il aurait voulu Hildur. Helga lui était devenue une mesure avec laquelle il mesurait les gens.
En vérité, il n'y en avait pas beaucoup pour égaler cette fille-là en amour et en charité.
Chaque jour, son amour pour Hildur diminuait davantage, mais il ne lui vint pas à l'idée de renoncer à ce mariage. Il essayait de se persuader que son découragement n'était qu'une lubie. À peine quelques semaines auparavant ne la tenait-il pas pour la meilleure de toutes!
Si c'eût été au début des fiançailles, il se serait sans doute retiré. Mais maintenant les bans étaient publiés, le jour du mariage fixé, et chez lui on avait déjà commencé à faire de vastes réparations. Et puis, il ne tenait pas non plus à renoncer à la belle fortune et à la bonne situation qui l'attendaient. Enfin, quelle raison invoquerait-il pour une rupture? Ce qu'il avait à redire contre Hildur était si peu de chose que cela n'eût plus été que du vent entre ses lèvres, s'il avait essayé de le formuler.