—Non, mais je crois que ça peut être de sa part. Elle ne veut rien dire à personne sauf à toi.

Or, Hildur s'était répété tout le long de la journée que quelque chose devait forcément survenir qui mît fin à cette misère. Elle n'admettait pas qu'un malheur si terrible pût lui arriver. Il fallait quelque événement extraordinaire qui lui permît à elle de remettre la couronne et le voile, au cortège de se rendre à l'église, et à la noce entière de reprendre son train régulier. Apprenant qu'on la demandait de la part de Gudmund, elle accourut empressée vers Helga qui l'attendait sur le perron de la cuisine.

Hildur fut sans doute un peu surprise que Gudmund lui eût délégué Helga, mais elle se dit qu'en pleine fête il n'avait peut-être pas pu trouver d'autre messager. Elle salua donc aimablement.

Elle fit signe à Helga de l'accompagner dans la laiterie, de l'autre côté de la cour.

—Je ne vois pas d'autre endroit où nous puissions causer en paix, dit-elle. La maison est encore toute remplie de gens.

Aussitôt entrée, Helga s'approcha de Hildur et la regarda bien en face.

—Avant de rien dire, il faut que je sache si vous aimez Gudmund.

Hildur eut un mouvement de révolte. Il lui déplaisait vivement d'avoir à échanger un seul mot avec cette Helga et elle n'avait aucune envie d'en faire sa confidente. Mais dans l'état d'accablement où elle se trouvait, elle fit un effort sur elle-même pour répondre:

—Pourquoi cette question? Si je ne l'aimais pas crois-tu que j'aurais voulu me marier avec lui?

—Je voulais dire: si vous l'aimez toujours.