Avant de se quitter, ils décidèrent d'un commun accord que le pasteur devait aller à Falun demander à l'inspecteur des mines quel genre de minerai on avait trouvé. Il devait revenir aussitôt que possible, et en attendant ils s'engagèrent mutuellement par un serment solennel à ne révéler à aucun être humain l'endroit où l'on avait trouvé le minerai.

De nouveau le roi releva un tant soit peu la tête, mais il n'interrompit plus le narrateur d'un seul mot. Il parut enfin commencer à croire que l'autre devait avoir quelque chose de vraiment important à lui dire, puisqu'il ne se laissait pas impressionner par son indifférence.

—Ainsi le pasteur se mit en route, quelques échantillons du minerai dans ses poches. Il se réjouissait tout autant que les autres de l'idée de devenir riche. Il se disait dans son for intérieur que bientôt il allait pouvoir rebâtir le presbytère, qui avait l'air d'une simple cabane; et puis il allait se marier avec la fille du doyen qu'il aimait beaucoup. Il avait toujours cru qu'il aurait à attendre bien des années avant de pouvoir l'épouser! Il était pauvre et obscur, et il savait que de longs jours passeraient avant qu'il eût un poste assez bien rémunéré pour pouvoir se marier.

Le pasteur gagna Falun en deux jours, et passa le troisième dans l'attente de l'inspecteur qui était absent. Enfin il put le voir et lui montrer les morceaux de minerai. L'inspecteur les mit dans sa main. Il regarda d'abord les morceaux, puis le pasteur.

Celui-ci raconta qu'il les avait trouvés dans une montagne de sa commune, et que maintenant il se demandait si cela ne pouvait pas être du plomb.

—Non, ce n'est pas du plomb, dit l'inspecteur.

—Peut-être alors que c'est du zinc? demanda le pasteur.

—Ce n'est pas du zinc non plus, dit l'inspecteur.

Il sembla au pasteur que tout espoir s'évanouissait. Il y avait longtemps qu'il ne s'était senti si abattu.

—Est-ce que dans votre commune vous avez beaucoup de morceaux de pierre de ce genre? demanda l'inspecteur.