» — Dreyfus, vous êtes indigne de porter les armes. Au nom du peuple français, nous vous dégradons !

» On voit alors Dreyfus lever les deux bras et, la tête haute, s’écrier d’une voix forte, sans qu’on distingue le moindre tremblement :

» — Je suis innocent, je jure que je suis innocent ! Vive la France !

» — A mort ! répond au dehors une immense clameur.

» Mais le bruit s’apaise aussitôt. On a remarqué que l’adjudant chargé de la triste mission d’enlever les galons et les armes du dégradé, avait porté la main sur celui-ci, et déjà les premiers galons et parements, qui ont été décousus d’avance, ont été arrachés par lui et jetés à terre.

» Dreyfus en profite pour protester de nouveau contre sa condamnation, et ses cris arrivent très distincts jusqu’à la foule :

» — Sur la tête de ma femme et de mes enfants, je jure que je suis innocent. Je le jure. Vive la France !

» Cependant l’adjudant a arraché très rapidement les galons du képi, les trèfles des manches, les boutons du dolman, les numéros du col, la bande rouge que le condamné porte à son pantalon depuis son entrée à l’École Polytechnique.

» Reste le sabre : l’adjudant le tire et le brise sur son genou : un bruit sec, les deux tronçons sont jetés à terre comme le reste.

» Le ceinturon est ensuite détaché, le fourreau tombe à son tour.