Et Zola !

Ce sont les nôtres, comptez-les : le bataillon des intrépides pacifiques, de ceux que l’esprit de libre examen a amenés à discuter un dogme de plus, à se passionner — ces calmes ! — à se dévouer !

Aujourd’hui, sortant de l’audience, on n’était pas seulement content : on était fier. Le juge avait prononcé des paroles qu’un Séguier n’eût pas désavouées ; du soldat, Marcel Prévost avait pu dire : « Voilà le premier Ministre de la Guerre qu’on a entendu jusqu’ici. »

Mais, plus encore que l’autorité de l’accent ou la sûreté de la dialectique, c’était l’abnégation de Picquart, une fois de plus affirmée, qui remuait les cœurs.

Car il n’était plus l’oiseau bleu des légendes, le chef vêtu d’azur et chevronné d’argent. De la mort de ses rêves il avait pris le deuil ; et ses habits civils, « comme tout le monde », le pauvre monde, convenaient mieux à son âme nouvelle, affranchie...

Cependant il fut payé : je l’ai vu recevoir son salaire.

Quand il survint, le regard fixe, le front haut, les joues blêmes, de ce pas que je lui vis pour la première fois au Cherche-Midi, lors du simulacre du procès d’Esterhazy, alors qu’il marchait à l’outrage, à la persécution — à la gloire ! — je détournai de lui mes yeux pour observer Alfred Dreyfus.

Et je vis soudain (miracle plus touchant que ceux des légendes !), dans les prunelles comme vitrifiées par la douleur, monter quelque chose d’ineffable, d’indicible, l’expression d’abandon et de gratitude qu’aurait un crucifié pour celui qui le déclouerait !

Chez les autres, jusqu’ici, qui se sacrifia ? Où sont vos hosties vivantes ? Où sont vos héros ?

A LA FRANÇAISE ?