En une matinée, tout a changé. Les questions seront posées quand même. Au banc... des compromis on chuchote, on se concerte. Le désarroi est au camp — en attendant la discorde, chacun tirant à soi pour se disculper.

Par deux fois, le général Mercier refuse d’indiquer la source des pièces qu’il détenait illégalement. Mais, du siège de la défense, comme tinte un glas, tombent des mots précis : le Code, la Loi, responsabilités, pénalités, serment de tout dire...

On a vu perler des gouttes de sueur à des fronts jusque-là impassibles, et qui se courbaient, comme ceux des conscrits sous la mitraille, devant le feu serré de l’argumentation.

C’est fini de rire et fini de fuir ! Que Dreyfus soit acquitté ou condamné, chacun des criminels en aura pour son grade : le coup est manqué, le sang a coulé pour rien !

L’OMELETTE


Rennes, 23 août, 1899.

On ne la fait pas sans casser d’œufs : c’est bien évident ! Et il était de grande prévoyance, l’assassin qui s’employa à éviter que le panier vînt aux mains de Labori.

Le panier — et la poêle !

Hier, il nous venait comme un sourire, quand le colonel Bertin-Mourot, d’une voix de commandement tout à fait comique en la circonstance, racontait que son entrevue avec M. Billot, Ministre de la Guerre, pour lui communiquer les doutes de M. Scheurer-Kestner, était coupée de l’appel affamé des officiers d’ordonnance : « Mon général, l’omelette est prête ! »